mercredi 22 avril 2009

Le syndrome des universités gagne l'hôpital

Le syndrome des universités gagne l'hôpital, Le Monde , 22 avril 2009

Désamorcer le conflit hospitalier avant qu'il ne prenne trop d'ampleur : face à la colère croissante des médecins et du personnel soignant contre le projet de loi Bachelot et la menace d'une journée de grève et de manifestation, à Paris, le 28 avril 2009, l'Elysée cherche à rassurer la communauté médicale.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, devrait rencontrer mercredi 22 avril 2009, lors d'une réunion informelle, des représentants des médecins qui s'opposent à la réforme de la gouvernance hospitalière inscrite dans la loi "Hôpital, patients, santé et territoires".

Le gouvernement pourrait ainsi accepter d'amender le projet de loi, qui sera examiné par le Sénat à partir du 11 mai, en permettant que les médecins soient mieux associés aux décisions de nominations les concernant.

Depuis plus d'un mois, les médecins hospitaliers contestent les dispositions de la loi Bachelot en l'accusant de confier aux directeurs d'hôpitaux (non médecins) tous les pouvoirs de nomination et de gestion.

Réunis en assemblées générales, les personnels soignants de tous les hôpitaux de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) ont voté des motions appelant à la grève, avant d'être rejoints par les principaux syndicats de médecins et d'agents hospitaliers.

Jeudi 16 avril 2009, 25 patrons de l'AP-HP lançaient un appel dans Le Nouvel Observateur dénonçant une "loi qui cale l'hôpital sur l'entreprise". Le lendemain, la ministre de la santé répliquait en demandant que "les médecins signataires lisent la loi au lieu de la caricaturer", en admettant que "le texte peut encore évoluer".

COMPROMIS DIFFICILE

Depuis, chacun cherche à calmer le jeu. Vendredi, une réunion s'est tenue, sous l'égide de la Fédération hospitalière de France (FHF), entre les représentants des directeurs d'hôpitaux et ceux des présidents de Commissions médicales d'établissement (CME) afin de trouver un compromis.

Alors que, dans la version actuelle du texte, les directeurs devront nommer seuls les médecins chefs de pôle, ainsi que les membres médicaux du futur directoire, ils pourraient le faire, désormais, sur proposition des présidents de CME, qui sont élus par leurs pairs.

Le compromis est difficile, car les directeurs veulent garder le dernier mot sur les nominations tandis que les médecins souhaitent un droit de regard plus important sur l'élaboration du projet médical, notamment.

Dans un courrier adressé à l'Elysée mardi, les représentants des directeurs d'hôpitaux ont demandé au président de la République de ne pas "vider de tout sens" la réforme de l'hôpital, face au mécontentement exprimé par la communauté médicale.

"Il s'agit de trouver une rédaction équilibrée qui valorise l'autorité morale des médecins tout en permettant au directeur de mener à bien son projet d'établissement", fait-on valoir au ministère de la santé.

Ces modifications pourraient être reprises par voie d'amendements lors de l'examen du texte par la commission des affaires sociales du Sénat, le 29 avril 2009.

Il n'est toutefois pas certain que ces concessions suffisent à calmer la grogne. Car d'autres sujets cristallisent désormais le mécontentement.

Dans un contexte de pénurie budgétaire pour les hôpitaux et de multiplication des plans de suppressions de postes, le mouvement fédère largement sur une revendication de sauvegarde de l'emploi.

Par ailleurs, les contestataires dénoncent la convergence des systèmes de financement des hôpitaux publics avec les cliniques privées, prévue pour 2012.

"Cette loi transcende les clivages traditionnels de l'hôpital, relève Bernard Granger, psychiatre et initiateur du Mouvement de défense de l'hôpital public. Le fait que des médecins fassent grève côte à côte avec des personnels soignants est historique, on n'a jamais vu ça."

"RESTRICTIONS BUDGÉTAIRES"

"Le gouvernement n'a pas vraiment pris la mesure de ce qu'il y avait de profond dans nos revendications, explique pour sa part le neurologue Olivier Lyon-Caen, signataire de l'Appel des 25. Il ne perçoit pas la situation de souffrance des personnels soignants et l'incompréhension que suscite sa politique de restrictions budgétaires."

La suite du mouvement dépendra en partie de l'ampleur de la mobilisation, le 28 avril 2009.

"On est dans un moment charnière, estime François Aubart, président de la Coordination médicale hospitalière, qui soutient l'appel à la grève. Il y a deux écueils possibles : qu'on verse dans une vision par trop entrepreneuriale de l'hôpital, qui découragerait les médecins de participer à la gestion médico-économique ; ou qu'on aboutisse à un rejet global du texte, qui signerait la victoire de tous les corporatismes."

Cécile Prieur

Santé : le gouvernement renonce à limiter les dépassements d'honoraires

De l'aveu même du sénateur Alain Milon, rapporteur (UMP) du projet de loi "Hôpital, patients, santé, territoire", il s'agissait d'un "point dur" de la contestation à la réforme Bachelot.

Plus discrètement que les médecins hospitaliers, mais non moins efficacement, les médecins libéraux sont partis en guerre contre la remise en cause du secteur 2, introduite lors de l'examen du texte à l'Assemblée nationale.

En cause: la pratique des dépassements d'honoraires, que les députés ont voulu limiter dans les cliniques privées dès lors que ces établissements s'engagent dans des missions de service public.

Devant la menace d'une grève dure agitée par les médecins libéraux, et notamment les internes, le ministère de la santé a joué la prudence. Les dispositions contestées ne seront finalement pas reprises lors de l'examen du texte par le Sénat, le 11 mai 2009.

Les dépassements d'honoraires – soit la possibilité accordée aux médecins de secteur 2 (honoraires libres) de pratiquer des tarifs de consultations au-delà du remboursement de l'assurance-maladie – posent un problème croissant d'accès aux soins en France.

Pour y remédier, les pouvoirs publics ont envisagé de créer un secteur optionnel, permettant des dépassements limités, mais les discussions entre l'assurance-maladie et les partenaires sociaux sont au point mort sur ce sujet.

"SPOLIATION"

Lors de l'examen du projet Bachelot à l'Assemblée, les députés étaient à deux doigts de supprimer le secteur 2. Finalement, deux amendements ont été adoptés : l'un de Jean-Luc Préel (Nouveau Centre, Vendée), l'autre d'Yves Bur (UMP, Bas-Rhin).

Ils disposent que, si les futures Agence régionales de santé (ARS) constatent des difficultés d'accès aux soins sur leur territoire, elles pourront imposer aux cliniques privées, en situation de monopole, une "proportion minimale d'actes facturés sans dépassements d'honoraires".

Les médecins n'ont pas tardé à réagir. Menaçant d'un "conflit très dur", l'Union des chirurgiens de France a annoncé qu'elle était prête à suspendre toutes les activités chirurgicales à partir du 1er juin 2009 si le Sénat ne retirait pas ces amendements.

La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) a dénoncé "la disparition du secteur 2, la spoliation totale des médecins et la fin de l'exercice libéral en clinique".

Mais le plus inquiétant, pour le gouvernement, est venu des jeunes médecins, traditionnels fers de lance des mouvements hospitaliers: l'Intersyndicat national des internes des hôpitaux (ISNIH) a annoncé qu'il rejoindrait la grève des chirurgiens s'il n'obtenait pas le retrait des deux amendements.

Le gouvernement a immédiatement perçu la menace. Lundi 20 avril 2009, le directeur de cabinet de Roselyne Bachelot a rencontré les représentants de l'ISNIH pour leur assurer que la ministre de la santé accepte le retrait des amendements contestés.

Mme Bachelot "considère que le problème de l'accès financier aux soins doit être résolu dans une vie conventionnelle rénovée", s'est immédiatement félicité l'ISNIH.

Autrement dit, le gouvernement parie sur une reprise des discussions sur le secteur optionnel. A l'heure où le monde hospitalier est en ébullition, il était urgent de donner des gages aux internes.

Cécile Prieur

mercredi 15 avril 2009

Les CHU, en attendant Marescaux

Les CHU, en attendant Marescaux , Eric Favereau, 13 février 2009

Bernard Debré, professeur d'urologie à l'hôpital Cochin mais aussi député UMP, est un homme distrait. Hier matin, il ne s'est pas réveillé. Bizarrement. Ou alors il a oublié de venir.

En tout cas, il est arrivé avec près de deux heures de retard à l'Assemblée nationale alors qu'il était censé défendre des amendements sur la loi «Hopital, patient, santé, territoire» qu'il avait lui même déposés. Tous ayant trait à l'avenir des Centres hospitaliers universitaires, les fameux CHU, fer de lance de l'hospitalisation et de la recherche française.

Mais voilà par une aberration de calendrier, une commission, -présidée par le professeur Marescaux-, a été mise en place récemment par le président de la République pour faire des propositions sur l'avenir des CHU. Bref, une commission qui doublonne avec la loi Bachelot.

Qu'à cela ne tienne, on va se débrouiller. La commission Marescaux est censée terminer son travail fin mars: si elle propose des mesures légistatives, l'idée du gouvernement est alors de les intégrer par le biais d'amendements, plus tard, lors du débat de la loi lorsqu'elle arrivera en discussion au Sénat.

«C'est ahurissant», tonne le député socialiste Jean Marie Leguen. «La réforme des CHU va se faire par amendements, en court-circuitant l'Assemblée nationale». Vu la cocasserie de la situation, Bernard Debré, qui est aussi membre de la commission Marescaux, a donc préféré déserter la défense de ses propres amendements. Et n'être pas là. En fin de matinée, le professeur Debré est arrivé dans l'hémicycle, l'air de rien. Il a été alors vertement secoué par Jean Marie Leguen. «Vous en êtes à vous excuser d'avoir déposé des amendements. Est-ce que cela veut donc dire que vous trouvez normal que la réforme des CHU se fasse à la va-vite? C'est choquant, et au final tout cela sera anticonstitutionnel...»

Roselyne Bachelot s'est voulue alors rassurante: «Oui, il y a des calendriers différents, mais ce n'est pas très grave. Si la commission Marsescaux propose des aménagements législatifs, alors nous les intègrerons, et nous en débattrons en commisssion puis au Sénat. S'il faut une loi, alors on la fera. Mais aujourd'hui, nous ne pouvons pas prévoir ces recommandations».

Bernard Debré, enfin, prend la parole. D'abord, il se montre surpris: «Mais je croyais que j'avais retiré mes amendements». Puis, un peu plus sérieux: «Les CHU auraient du faire partie de la loi, mais c'est ainsi, on verra comment faire». Les députés devront donc être ... patients.

Eric Favereau

Contre la mort de l'hôpital public: l'appel des 25

25 professeurs signent un appel contre le projet Bachelot pour l'hôpital public , nouvelobs.com, 15 avril 2009

En 1958, la grande réforme menée par le Professeur Robert Debré allait permettre à la médecine française de devenir en 30 ans "la meilleure du monde".

Cinquante ans plus tard, le Parlement va-t-il voter la loi "Bachelot" qui porte en elle la disparition de cette médecine hospitalière au profit d’une médecine mercantile ? Le maître-mot n’est plus la santé mais la rentabilité. La préoccupation centrale n’est plus le malade mais le compte d’exploitation de l’hôpital. Et les premières victimes en seront les patients et les soignants.

Cette loi cale l’hôpital sur l’entreprise. Elle donne tous les pouvoirs au Directeur de l’Hôpital, nommé et révoqué par le Directeur de l’Agence Régionale de Santé, lui-même nommé et révoqué par le Conseil des Ministres. Ce directeur pourra n’avoir aucune compétence médicale ou en santé.C’est pourtant lui qui arrêtera le projet médical de l’hôpital. Lui aussi qui nommera et révoquera les médecins responsable des structures de soins (pôles, départements, services…). Sur quels critères ?

La tarification des actes est semblable dans les secteurs privé et public – comme si les pathologies et la continuité des soins y étaient comparables ! La pensée marchande dont se prévaut cette loi réduit le qualitatif au quantitatif, le malade au tarif de sa maladie.

Dans le même temps on organise des suppressions massives et injustifiées d’emplois d’infirmières et d’aides-soignants.

Bien sûr, l’hôpital public doit être réformé. Mais certainement pas de cette manière.

Il faut repenser l’organisation hospitalière pour répartir de manière harmonieuse sur le territoire, sans redondance, les stuctures de soins et les spécialités en prenant en compte aussi leur niveau de technicité et l’accueil des urgences ; organiser la continuité des prises en charge au fur et à mesure de l’évolution du type de soins que demandent les malades.

Il faut réfléchir aux nouveaux métiers de la médecine ; prendre en compte la nécessaire pluridisciplinarité ; reconnaître et valoriser les actes des infirmières et des personnels paramédicaux (psychologues, diététiciennes, orthophonistes, etc.) ; promouvoir la prévention, le dépistage, l’éducation thérapeutique.

Il faut impliquer toutes les unités de soins hospitalières dans des activités de recherche structurées et adosser les orientations cliniques à un projet médical qui ne soit pas fondé sur la rentabilité mais d’abord sur les besoins de la population, l’évolution prévisible des grandes questions de santé publique, l’avancée des connaissances et des progrès technologiques.

Il faut un financement, propre à l’hôpital, qui tienne compte de l’innovation, de la lourdeur des pathologies, de la précarité, des handicaps de la vie.

A cet effort-là, source de progrès et de solidarité, tous les médecins et personnels hospitaliers sont prêts à souscrire. Mais pas à cette loi destructrice et injuste.

Soyons clairs. Si cette loi n’est pas amendée, elle s’appliquera sans nous, médecins et chirurgiens de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. Demain, côte à côte, et pour la première fois, infirmières, agents hospitaliers et administratifs, médecins seront dans la rue.

Preuve que les mentalités ont changé, que l’union est faite pour que soit supprimé le volet hospitalier de la loi "Bachelot" et pour que s’ouvre enfin un débat à la hauteur de l’enjeu : il est encore temps et il est urgent d’organiser les Etats Généraux de l’hôpital public.

Les 25 signataires

Pr. Basdevant, endocrinologue, Pitié Salpetrière
Pr. Bourgeois, rhumatologue, Pitié Salpetrière
Pr. Bousser, neurologue, Lariboisière
Pr. Brochard, anesthésiste réanimateur, Henri Mondor
Pr. Dubourg, cardiologue, Ambroise Paré
Pr. Fischer, pédiatre, Necker Enfants Malades
Pr. Franco, chirurgien digestif, Antoine Béclère
Pr. Frydman, gynécologue obstétricien, Antoine Béclère
Pr. Gaudric ophtalmologue, Lariboisière
Pr. Gluckman, hématologue, Saint Louis
Pr. Godeau, médecin interniste, Henri Mondor
Pr. Grimaldi, diabétologue, Pitié Salpetrière
Pr. Guillevin, médecin interniste, Cochin
Pr. Kieffer, chirurgien vasculaire, Pitié Salpetrière
Pr. Kuttenn, gynécologue médicale, Pitié Salpetrière
Pr. Lyon-Caen, neurologue, Pitié Salpetrière
Pr. Mariette, rhumatologue, Bicêtre
Pr. Menasche, chirurgien cardiaque, Georges Pompidou
Pr. Musset, radiologue, Antoine Béclère
Pr. Niaudet, pédiatre, Necker Enfants Malades
Pr. Sahel, ophtalmologue, Hôpital des Quinze-Vingts
Pr. Sedel, chirurgien orthopédiste, Lariboisière
Pr. Valla, hépatologue, Beaujon
Pr. Varet, hématologue, Necker
Pr. Vernant, hématologue, Pitié Salpetrière

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Réforme de l'hôpital : médecins et ministre débattent par tribunes interposées

Réforme de l'hôpital : médecins et ministre débattent par tribunes interposées , le Monde, 15 avril 2009

Les chefs de service renommés de plusieurs hôpitaux parisiens ont signé un "appel des vingt-cinq", publié jeudi 16 avril dans le Nouvel Observateur contre "la médecine mercantile" mise en avant, selon eux, par le projet de loi Bachelot, déjà voté par les députés et que les sénateurs examineront à partir du 11 mai.

Parmi les signataires figurent notamment le gynécologue-obstétricien René Frydman, le neurologue Olivier Lyon-Caen, l'endocrinologue Arnaud Basdevant ou encore le diabétologue André Grimaldi, tous de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

"ÉTATS GÉNÉRAUX DE L'HÔPITAL PUBLIC"

Selon eux, cette loi "porte en elle la disparition" de la médecine hospitalière "au profit d'une médecine mercantile", et "les premières victimes en seront les patients et les soignants". Elle "cale l'hôpital sur l'entreprise" en renforçant les pouvoirs du directeur d'établissement qui "pourra n'avoir aucune compétence médicale" mais "arrêtera le projet médical de l'établissement". "Dans le même temps, on organise des suppressions massives et injustifiées d'emploi d'infirmiers et d'aides-soignants", ajoutent-ils, s'inquiétant aussi de l'alignement des tarifications sur celles du secteur privé, soumis à moins de contraintes.

"L'hôpital public doit être réformé. Mais certainement pas de cette manière", poursuit le texte, avant de formuler des pistes. "Si cette loi n'est pas amendée, elle s'appliquera sans nous", préviennent-ils encore, demandant l'organisation d'urgence "d'états généraux de l'hôpital public".

"Demain, côte à côte, et pour la première fois, infirmières, agents hospitaliers et administratifs, médecins seront dans la rue", rappellent-ils en allusion à la grève des opérations non urgentes et à la manifestation prévues le 28 avril par le récent Mouvement de défense de l'hôpital public, en association avec des syndicats de personnels non médicaux de l'AP-HP. Les présidents des commissions médicales d'établissements (CME), peu enclins au conflit, ont de leur côté menacé de démissionner si le volet hôpital de la loi Bachelot n'est pas modifié.

BACHELOT : "UNE MAUVAISE GESTION EST LA PIRE ENNEMIE D'UNE MÉDECINE DE QUALITÉ"

La ministre de la santé a répondu, jeudi, aux signataires de l'appel par le biais d'une tribune publiée dans Le Figaro. Estimant que le projet de réforme a été bâti "à partir des propositions des neuf cent mille personnes qui travaillent à l'hôpital", la ministre dénonce "une caricature" de son texte. "La mauvaise gestion est la pire ennemie d'une médecine de qualité", écrit Roselyne Bachelot, tout en défendant la réforme de la tarification, avant d'interpeller les signataires : "Veulent-ils en revenir à la dotation globale qui constitue le financement le plus injuste ?"

Concernant le maintien des emplois, Roselyne Bachelot préfère évoquer son bilan. "L'hôpital public a vu ses effectifs croître de 11,4 % les dix dernières années et de vingt-cinq mille personnes en son cœur et à la périphérie l'année dernière", écrit-elle.

vendredi 10 avril 2009

Hôpital, manif et grève des réunions

Hôpital, manif et grève des réunions , Eric Favereau, 10 avril 2009

Ce n'est pas la grève du bistouri, plutôt celle du stylo. En tout cas, c'est inédit. Mercredi soir, une motion a été adoptée à l'issue d'une AG des médecins de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris, appelant à une «grève administrative immédiate» pour protester contre la loi Bachelot sur l'hôpital.

«Devant le refus du gouvernement d'accepter tout amendement à la loi dite Bachelot, la communauté médicale de l'AP-HP a décidé d'appeler à l'action l'ensemble des médecins des hôpitaux. À partir d'aujourd'hui, nous arrêtons toute participation aux activités de gestion hospitalière : comités exécutifs locaux, comités consultatifs médicaux, commission médicale d'établissement, réunion de pôles, etc.» Et ils ajoutent, menaçants : «Nous informons le gouvernement et les sénateurs qui vont discuter et voter la loi que, si elle n'est pas amendée, elle s'appliquera sans nous.»

Depuis maintenant trois semaines, le mouvement de grogne des médecins est monté, certes à la vitesse d'un train de sénateur et avec parfois beaucoup d'incohérence. Mais à force, il commence à prendre de l'ampleur. A Paris et dans toute l'Ile-de-France, des assemblées générales se sont tenues ces jours-ci dans les hôpitaux de l'AP : La Pitié, Saint-Louis, Tenon, Bichat, Beaujon, Bretonneau, Saint-Antoine. Tous adoptent une même motion, dénonçant cette loi qui «vise à démédicaliser les décisions».

Le coeur du litige, on le connaît, Nicolas Sarkozy l'a répété à maintes reprises : «Il faut un et un seul patron à l'hôpital.» Avec cette loi, adoptée le mois dernier par les députés et qui va être débattue à partir du 28 avril au Sénat, ce sera le cas. Le directeur aura des pouvoirs très étendus. Il présidera le directoire, nommera seu l les chefs de pôles, validera le projet médical. «On est passé de l'ère du mandarin à celle du PDG, analyse le Pr André Grimaldi, diabétologue à La Pitié, en pointe dans la contestation. Ce projet fait éclater la communauté hospitalière car c'est le directeur qui choisira, un par un, les médecins avec qui il veut travailler.»

Mercredi soir, dans un amphi de l'hôpital Cochin, à Paris, l'ambiance était à l'action. Avec une foule de près de 300 médecins, dont un grand nombre de stars de la médecine parisienne. Les propos sont virulents. «C'est historique, jamais les médecins ne se sont retrouvés ainsi, appuyés par toutes les organisations syndicales», répétait le Dr Bernard Granger, psychiatre, un des animateurs de la révolte. Tous appellent le personnel médical et les usagers de la santé à se joindre à eux. Avec, en point d'orgue, une manifestation, le 28 avril, jour de la reprise des débats. «Il faut que tout l'hôpital soit dans la rue, ce serait catastrophique s'il n'y avait que les médecins», a expliqué le Pr Lyon-Caen.

Cela sera-t-il suffisant, tant le mouvement est encore disparate ? Dans les tiroirs, d'autres actions sont en préparation. Ainsi, une lettre-pétititon a été signée par la grande majorité des chefs de pôles de l'Assistance publique, menaçant de démissionner. «Ce sera sans nous», écrivent-ils. Il y a également une lettre, écrite par les présidents des commissions médicales d'établissements (CME) et adressée aux sénateurs : «Mesdames et messieurs les sénateurs, il est encore temps de réagir et de changer la future loi. L'avenir des hôpitaux est entre vos mains ! Nous proposons, avec les présidents de CME de CHU, des amendements qui rendent nécessaires l'avis du représentant de la communauté médicale dans les processus de décision de la gouvernance de l'hôpital. Nous comptons sur votre attachement au bien public pour soutenir cette démarche.»

Nul ne doute du malaise ambiant. Pour autant, la suite est incertaine. Certes, cette grève administrative va perturber la vie des hôpitaux. Mais en province, la contestation est plus timide. «Ils sont gênés», lâche un médecin parisien. D'autant que le contexte politique est délicat. Tant à Matignon qu'au ministère de la Santé, on se dit «prêt à bouger» et à faire des concessions. «Mais tout se passe à l'Elysée, note le Pr Coriat. Et à l'Elysée, ils sont obsédés par une seule idée : un patron et un seul.»

Eric Favereau

L'hôpital, allergique au pédégé

L'hôpital, allergique au pédégé , François Aubart, 10 avril 2009

Et voilà que les A.G. ramènent sur les bancs des amphis des cohortes de professeurs de médecine, de présidents de comité importants, de greffeurs de mains et autres fleurons de la médecine française. Comme le décrit le papier du jour d'Eric Favereau, le mouvement pour hétérogène qu'il soit prend de l'ampleur. Et voilà que ces derniers jours les motions parisiennes infusent les hôpitaux provençaux comme ceux de la Bretagne et ceux de la France des régions. Que se passe-t-il?

La Loi "HPST" a été adoptée à l'assemblée le 18 mars et sera examiné au sénat le 12 mai. Après, procédure d'urgence exige, c'est une commission mixte qui trouvera les aggiornamentos.

Alors quel est l'objet de cet incendie naissant soufflé par le joli vent de mai? Voilà un an que le président Sarkozy l'avait dit: il faut un seul patron à l'hôpital. Depuis, il l'a répété bon nombre de fois et son entourage le décline à l'envie. Finalement cet objectif est-il déraisonnable? Le directeur, chef d'établissement, détient dans la loi cette responsabilité centrale. Il faut bien que quelqu'un arbitre. Mais il y a patrons et patrons ou plutôt chefs et chefs. Après passage au parlement, la loi crée un management pour le moins musclé. Le directeur nomme tous ceux qui, médecins comme administratifs, vont être aux responsabilités essentielles. Le général nomme son état major et l'armée va avancer! C'est feindre de confondre efficacité et autoritarisme. La multiplication de contrepouvoirs est sûrement source d'immobilisme. Mais piloter l'hôpital à la hussarde en choisissant quelques docteurs complaisants pour disposer d'un vernis médical aux décisions est une erreur nuisible aux malades.

La réforme de l'hôpital se heurte à de nombreux handicaps. D'abord, l'hôpital dispose d'un corps de directeurs dont la formation fermée et étanche fragilise les recrutements et les compétences. L'hôpital c'est aussi le lieu des conservatismes dont la communauté médicale n'est pas exempte. Mais chacun sait que la véritable efficience dont l'hôpital a besoin doit reposer sur une alchimie bien particulière: il lui faut un fort investissement médico-économique des médecins, et un corps de directeur rénové. Mais voilà, quand le projet de loi s'écarte brutalement du modèle médicalisé pour un modèle de pédégé surpuissant la communauté médicale se sent renvoyée au rang d'effecteur de tâches et oscille entre révolte et désengagement.

Pour imaginer l'avenir, indiquons que deux parlementaires (Mrs Bur et Préel) ont fait adopter 2 amendements qui instaurent (dans 3 ans) une perspective de régulation de l'installation des médecins et qui, pour le second oblige les praticiens à adopter des tarifs conventionnés si la clinique où ils exercent assume des missions de service public. Et là, ce sont les jeunes, internes et chefs de clinique, qui montent au créneau. La plupart d'entre eux imaginent et préparent leur avenir loin des rivages hospitaliers. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à une remise en cause de l'existant provoque ire et contestation. Ils rejoignent les hospitaliers dans leur réprobation.

A l'hôpital, les mouvements d'importance associent de façon quasi obligatoire une mobilisation des médecins, soit avec les internes soit avec les infirmières. Les responsables le savent bien. Alors? Il faudra bien un peu bouger. Le gouvernement choisira-t-il de retirer les deux amendements Bur et Préel pour rester droit dans ses bottes sur la gouvernance hospitalière? A l'inverse, aiguilloné par les sénateurs, assouplira-t-il sa position sur le pilotage hospitalier? Une chose est sûre: à désespérer et à créer le désengagement de la communauté médicale, on aboutit à l'émergence en France d'un modèle d'hôpital de Prisunic dont le premier perdant sera le malade. Souhaitons que ce ne soit pas la solution retenue

François Aubart