lundi 27 septembre 2010

Le déficit de la Sécu résiste aux plans d'économie

Le Monde, 28 septembnre 2010

Le gouvernement doit lever le voile mardi sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2011, confrontée à des déficits historiques.

Evalué à près de 27 milliards d'euros avant l'été, le déficit 2010 du régime général devrait finalement être un peu moins lourd, grâce à une embellie de l'emploi, mais il n'en atteindra pas moins un niveau record.

Selon Les Echos mardi, le déficit du régime général sera de 23 milliards d'euros, la réforme des retraites permettant tout juste de stabiliser le déficit de la branche vieillesse.

La commission des comptes de la Sécurité sociale doit surtout livrer mardi une première prévision pour 2011, qui sera rapidement corrigée dans la journée par le gouvernement, pour tenir compte des mesures du PLFSS.

"Notre objectif pour l'année prochaine, c'est de garrotter l'hémorragie et d'être en dessous si possible du niveau" de 2010, a confié dimanche le ministre du budget, François Baroin. Le volet vieillesse du budget a déjà été largement présenté dans le cadre de la réforme des retraites.

Pour l'assurance-maladie, la prévision de déficit présentée à la commission des comptes de la Sécurité sociale sera légèrement inférieure à 12 milliards d'euros, précise le quotidien économique.

Le gouvernement a fixé un taux ambitieux d'évolution des dépenses d'assurance-maladie, à + 2,9 %, alors que le rythme annuel ces dernières années s'était établi entre + 3 % et + 4 %. Mais il n'a pas encore dévoilé les mesures qui permettront d'y parvenir.

Les Echos ont fait état d'un plan d'économies de 2,5 milliards d'euros dans les tuyaux pour l'assurance-maladie, une information ni confirmée ni démentie.

Selon Les Echos et Le Figaro, une seule mesure importante a été abandonnée dans la dernière ligne droite : l'idée d'augmenter légèrement (de 0,5 point) le ticket modérateur qui reste à la charge des assurés pour les consultations de médecins, les analyses médicales ou les séances de kinésithérapie.

Les assurés seront tout de même mis à contribution : les médicaments, dont le service médical est considéré comme modéré (vignettes bleues), devraient voir leur taux de remboursement passer de 35 % à 30 %.

Associations de patients et syndicats de salariés ont déjà vivement protesté. De leur côté, les mutuelles santé, qui complètent les remboursements de l'assurance-maladie, ont déjà prévenu que de telles mesures conduiraient à une hausse de leurs tarifs.

dimanche 26 septembre 2010

La contestation de l'assurance-maladie et du gouvernement au coeur des élections professionnelles chez les médecins

Le Monde, 27 septembre 2010

Les quelque 120 000 médecins libéraux ont jusqu'à mercredi 29 septembre pour envoyer par la poste leur bulletin de vote pour leurs élections professionnelles. Cette fois, difficile de s'y retrouver.

Quel que soit le syndicat, le thème du combat est le même : sauvegarder la médecine libérale, et en son sein la médecine générale. Jugés responsables de la crise actuelle, le gouvernement et l'assurance-maladie sont vivement critiqués.

Patrick Hassenteufel, professeur de sciences politiques à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, constate pour ce scrutin "un contexte bien plus tendu" qu'habituellement. Il faut dire que "lors des dernières élections, ceux qui se sont inscrits dans la contestation l'ont toujours emporté", ajoute-t-il.

La loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST), votée en 2009, est vivement remise en cause, surtout par la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), première force en présence et opposante de la première heure à ce "texte liberticide", selon son président, Michel Chassang.

Réuni en université d'été ce week-end à Cannes, le syndicat, qui avait soigneusement évité d'inviter la ministre de la santé Roselyne Bachelot, a menacé de ne pas voter la prochaine convention avec l'assurance-maladie, si la loi n'était pas "nettoyée".

Tant que les élections ne sont pas passées, la contestation continue. Et ce, malgré la suspension par le gouvernement de l'application de mesures très décriées comme l'obligation pour les professionnels installés en zone surdotée en médecins d'exercer quelques demi-journées en zone déficitaire, et malgré la promesse de Nicolas Sarkozy d'une revalorisation des tarifs de consultation.

"Ce sont des actes que nous voulons", insiste Vincent Rébeillé-Borgella, secrétaire général de MG France.

Ce syndicat a soutenu la loi HPST, ce que ne manque jamais de rappeler la CSMF, son principal adversaire dans le collège des généralistes. Mais depuis, il a changé de président et adopte une attitude plus dure vis-à-vis du gouvernement.

Du côté des réformistes, auquel MG France appartient, c'est davantage la superpuissance des caisses primaires d'assurance-maladie (CPAM) qu'on dénonce.

Plusieurs généralistes sont ainsi engagés dans des procès en vue de se voir reconnaître le droit d'utiliser le même tarif que les spécialistes. L'Union généraliste, branche de la Fédération des médecins français qui fait campagne sur le thème du "harcèlement" des caisses, vient en outre de déposer huit plaintes pour "abus de droit".

"Double crise"

Tous les syndicats mesurent le ras-le-bol des "contrôles et autres tracasseries administratives" exercés selon eux par les caisses primaires. Ceux qui facturent 23 euros leur consultation ont ainsi été rappelés à l'ordre de leur caisse primaire. Ils répondaient à un appel de la CSMF réputée proche de l'assurance-maladie, qui avait lancé cette surfacturation anticipant la hausse du tarif prévue au 1er janvier 2011.

Pourquoi une telle tension, un tel malaise ? "Les médecins sont au coeur d'une double crise : de vocation, avec l'apparition de déserts médicaux, et de statut, avec le débat sur la liberté d'installation", explique Claude Le Pen, économiste de la santé (Paris-Dauphine).

Face à la montée du salariat, aux craintes d'étatisation exprimées par les syndicats, "c'est à celui qui défendra le mieux l'honneur perdu", ajoute-t-il. Ce qui explique que les lignes de fracture soient moins nettes.

Pour les syndicats, ces élections sont un enjeu de taille : des scores dépendra la possibilité, ou non, de négocier dans les prochains mois la nouvelle convention avec l'assurance-maladie.

L'issue du scrutin sera aussi observée de près par la majorité, qui saura alors dans quel sens orienter sa politique pour reconquérir avant 2012 cet électorat jusque-là plutôt acquis, mais qui reste marqué par sa non-participation à la campagne de vaccination contre la grippe H1N1. Les résultats seront connus lundi 4 octobre.

Laetitia Clavreul

mercredi 22 septembre 2010

Mireille Faugère va diriger l'AP-HP

AFP, 22 septembre 2010

Mireille Faugère a été nommée aujourd'hui en Conseil des ministres directrice de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) sur proposition de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, selon un compte rendu du Conseil.

Actuelle conseillère de Guillaume Pépy à la SNCF en charge des "grandes lignes", Mireille Faugère remplacera Benoît Leclerc, sur fond de tensions autour de l'adoption prochaine d'un plan stratégique à cinq ans visant à améliorer l'offre de soins tout en revenant à l'équilibre financier d'ici à 2012.

Selon ce plan, les 37 hôpitaux devraient être regroupés en 12 groupes hospitaliers. Par le jeu des regroupements et des mutualisations de moyens, la direction a évoqué la possibilité de supprimer entre 3.000 et 4.000 postes d'ici à 2012.

Avec près de 90.000 professionnels, l’AP-HP est le premier employeur d'Ile-de-France.

60% de la chirurgie est faite dans le privé

AFP, 22 septembre 2010

Les 1.100 cliniques et hôpitaux privés réalisent 60% des actes chirurgicaux en France et prennent en charge environ un tiers des hospitalisations, selon la première grande étude du secteur rendue publique aujourd'hui par la fédération de l'hospitalisation privée (FHP) révélée aujourd'hui.

Réalisé avec le groupe Montaigne, spécialiste du secteur hospitalier et le cabinet Mazars pour la partie financière, le premier rapport d'activité sur l'hospitalisation privée, destiné à être reproduit chaque année, se veut "une base d'information exhaustive et la plus objective possible" sur ce secteur qui a accueilli près de 7 M de séjours en 2008, soit environ 30% des hospitalisations en France.

Les cliniques et hôpitaux privés réalisent notamment 60% des actes chirurgicaux, 25% des séjours en médecine, 28% des accouchements, 30% des séjours soins de suite et réadaptation et 20% des hospitalisations psychiatriques.

Le secteur est en pointe dans le développement de l'activité ambulatoire avec 67% de part de marché en chirurgie, souligne aussi le rapport.

Avec 2 M de passages aux urgences (soit 14% des passages en France) dans les 126 cliniques autorisées en 2008, le secteur privé "représente un maillon indispensable du système de santé", selon cette étude.

Gros employeurs, avec 140.000 salariés, dont 49,5% d'infirmières diplômées d'Etat, les cliniques et hôpitaux privés couvrent la quasi-totalité des pathologies, y compris les pathologies lourdes, en dehors des greffes d'organes juridiquement réservées aux établissements publics et privés non lucratifs.

En 2007, 40.000 médecins exerçaient leur activité au sein de cliniques et hôpitaux privés (dont 36.000 libéraux).

Le secteur est toutefois confronté à un problème majeur de démographie médicale, de nombreux patriciens arrivant à l'âge de la retraite.

"La baisse des effectifs est particulièrement notable dans l'obstétrique (-6,7 %) et la pédiatrie (-9,6%), où le manque de médecins est souvent responsable de la fermeture des services et de la disparition de l'activité", note le rapport.

mardi 21 septembre 2010

Avec la crise, des Français renoncent à se soigner

Libération, 21 septembre 2010

La crise a fait bondir le renoncement aux soins en France. C'est ce qui ressort du dernier baromètre «Cercle Santé - Europ Assistance». Le pourcentage de personnes qui ont reporté une dépense de santé ou qui ont tout simplement renoncé à un soin, a bondi de douze points en un an. Ainsi, cette année, 23% des Français ont été concernés par le renoncement aux soins, contre 11% dans le baromètre précédent.

Sur les huit pays sondés pour ce baromètre (sept pays européens, plus les Etats-Unis), seule la Pologne connaît une hausse du même type. Les Polonais sont aussi ceux qui renoncent le plus à se faire soigner (25%), devant les Américains (24%) et, donc, les Français.

La moitié des Français (49%) juge ainsi que le système de santé ne garantit pas l'égalité de l'accès aux soins. L'exacte autre moitié, ou quasiment (48%), pense le contraire.

Quant aux concessions qu'ils sont prêts à faire pour réduire les inégalités d'accès aux soins, les Français restent opposés, à une courte majorité (51%), à une augmentation des cotisations ou des impôts. Mais elle reste la solution citée en premier (32% des Français), devant la hausse des franchises médicales (28%) et celles des assurances ou mutuelles privées (23%).

Rien à voir, mais ce baromètre nous enseigne aussi que les Français restent réfractaires à l'utilisation d'Internet pour se soigner. Ils sont seulement 45% à consulter la toile régulièrement pour s'informer et se trouvent ainsi en queue de peloton, avec les Italiens (46%). En comparaison, les Suédois sont 67% à le faire, les Américains 66%.

87% des Français rejettent les consultations médicales par Internet, un taux nettement plus fort que dans les autres pays étudiés. Décidément pas dans la culture française, la compatibilité entre médecine et Internet: 67% sont opposés à la notation en ligne des docteurs.

vendredi 17 septembre 2010

La santé des Français leur a coûté 223 milliards d'euros en 2009

Le Monde, 17 septembre 2010

Les Français ont dépensé 223 milliards d'euros pour leur santé en 2009, un chiffre en augmentation de 4 % par rapport à 2008, selon le rapport annuel de la Commission des comptes de la santé.

La consommation de soins et de biens médicaux représente les trois quarts de cette dépense, mais d'autres postes sont en forte augmentation, comme les soins aux personnes âgées placées dans des maisons de retraite (+ 15 %) et les dépenses de prévention (+ 12,9 %).

Cette dernière augmentation est à rattacher à la campagne de vaccination contre le virus de la grippe H1N1.

Les soins et biens médicaux sont pris en charge à 75 % par la Sécurité sociale, les assurances complémentaires prenant en charge 13,8 %. Le reste des dépenses est à la charge des ménages.

Les soins hospitaliers poursuivent leur croissance régulière avec + 3,8 %, même si cette augmentation est moins forte qu'au début des années 2000, remarque l'organisme.

Les Français restent par ailleurs de grands amateurs de médicaments, puisqu'ils en ont consommé pour 35,4 milliards d'euros en 2009, un chiffre en augmentation de 2,5 %.

http://www.securite-sociale.fr/chiffres/ccss/2009/ccss200906.pdf

jeudi 16 septembre 2010

Le plan stratégique de l'AP-HP dessine une nouvelle organisation des hôpitaux parisiens pour 2014

Le Monde, 16 septembre 2010

La réorganisation en douze groupes hospitaliers devrait engendrer 272 millions d'euros d'économies.

Lisibilité pour les usagers, adaptation aux besoins de soins... Telles sont les grandes lignes du « plan stratégique » de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris pour les années 2010 à 2014.

Après deux ans de préparation, de vives réactions des personnels et des médecins, le conseil de surveillance devait se prononcer, mercredi 15 septembre, sur ce plan qui intègre une contrainte budgétaire forte.

La réorganisation s'appuie sur la décision de 2009 de réunir les 37 hôpitaux en 12 groupes hospitaliers. En parallèle a été analysée l'évolution des besoins de la population (croissance des maladies chroniques, vieillissement), mais aussi de la médecine et de la démographie médicale. L'inquiétude est forte, par exemple, sur le futur manque d'anesthésistes. Ce qui explique en partie la volonté de regrouper les blocs opératoires.

Trois niveaux de prise en charge Pour permettre aux patients de mieux s'y retrouver, l'AP-HP veut réorganiser son offre de soins en trois niveaux, « de la proximité à la spécialisation ». Ce qui engendrera de nombreuses restructurations.

Dans chaque groupe, des activités de base devront être présentes : urgences, prise en charge de la précarité et des personnes âgées, réanimation, chirurgie générale, centre d'IVG... Au deuxième échelon se trouveront des activités intermédiaires, comme le cancer. Au troisième, d'autres dites hyperspécialisées (greffes...), à vocation régionale ou concernant des maladies rares.

Entre les hôpitaux Lariboisière et Saint-Louis par exemple, la tendance à la spécialisation va être accentuée : au premier, les activités d'urgence (AVC, orthopédie...), au deuxième, celles plus programmées comme la cancérologie. A Saint-Louis sera aussi regroupée la prise en charge des grands brûlés (adultes) pour l'AP-HP, qui ne sera plus assurée également à Cochin.

Alors que 21 hôpitaux prennent aujourd'hui en charge le cancer, leur activité sera regroupée en quelques « centres intégrés », qui interviendront du diagnostic à l'« après-cancer ». Seront aussi créés des « centres experts », très spécialisés.

Une séparation entre l'urgence et la programmation

Pour éviter que les arrivées aux urgences ne perturbent les opérations programmées ou posent des problèmes de disponibilité de lits, les deux types de prise en charge seront séparés. Dans chaque groupe sera créé un département d'aval des urgences, consacré à la prise en charge des hospitalisations non programmées.

Une réflexion par bassin de population

L'idée est de davantage tenir compte des spécificités territoriales. Un exemple est surtout parlant : l'accent qui sera mis sur l'obésité dans le groupe Avicenne-Jean Verdier-René Muret, aussi bien en termes d'accueil des patients que de recherche. En Seine-Saint-Denis, où se situe ce centre, la prévalence de l'obésité atteint 18 %, contre 14 % pour l'ensemble de la France.

Le financement en question Le projet médical semble désormais accepté, même s'il reste des points d'achoppement comme l'avenir des spécialités de pédiatrie de Trousseau. En revanche, les volets finance et emploi suscitent toujours la critique des syndicats et du Mouvement de défense de l'hôpital public, composé de médecins.

Répondant à l'obligation d'un retour à l'équilibre à partir de 2012, le plan prévoit 272 millions d'économies (sur 6,4 milliards de budget), dont plus de 200 millions concernent les dépenses en personnel. Si le nombre de suppressions de postes n'apparaît pas dans le document, 3 000 à 4 000 seraient en jeu (sur 90 000).

Le risque de dégradation de la qualité des soins et des conditions de travail est donc toujours pointé. Les sommes consacrées à l'investissement - soit 2,2 milliards d'euros d'ici à 2014 - sont, elles, jugées trop faibles, vu les besoins, même si l'AP-HP compte y ajouter 400 millions de cessions de son patrimoine.

Les représentants des médecins s'étaient déjà prononcés cet été en faveur du plan, et les syndicats contre. Un vote positif devrait avoir comme conséquence le départ du directeur général, Benoît Leclercq. Pour le remplacer, le nom de Mireille Faugère, ex-directrice des grandes lignes à la SNCF, est souvent évoqué.