mardi 24 août 2010

Les dépenses de santé ont fini de déraper

Le Figaro, 14 août 2010

Elles ont progressé de 3% sur les sept premiers mois de 2010, soit le niveau fixé par les Parlementaires en octobre.

Une nouvelle qui tombe à pic pour le gouvernement en ces temps de disette budgétaire. Les dépenses d'assurance-maladie ont progressé de 3% sur les sept premiers de l'année par rapport à la même période en 2009. Soit ni plus ni moins que l'objectif national de dépenses (Ondam) fixé en octobre 2009 par le Parlement pour l'ensemble de l'année. Le taux de croissance de l'ensemble des dépenses de santé atteint toutefois 3,8% sur un an (août 2009-juillet 2010).

Cet équilibre par rapport aux prévisions sur les sept premiers mois de 2010 confirme la tendance enregistrée le mois dernier et s'explique par la bonne tenue des remboursements de soins de ville (hors hôpitaux) qui représentent un peu moins de la moitié du total.

Pour la période de janvier à juillet 2010, les dépenses de ville ont en effet progressé de 2,9%, contre 3,1% à la fin juin et 3,3% à fin mai. Mieux, si l'on tient compte des retards de facturation des médicaments rétrocédés à l'assurance maladie pour les hôpitaux en 2009, leur évolution peut être estimée à + 2,6% sur les sept derniers mois. Soit 0,2 point de moins que le + 2,8 % fixé par le gouvernement au printemps.

Cette performance des dépenses de ville est en grande partie due à la quasi stagnation sur sept mois des honoraires des médecins et des dentistes qui ne progressent que de 0,1% sur la période et ont même reculé de 1,2% au seul mois de juillet.

Les soins des auxiliaires médicaux ont en revanche continué à fortement progresser (+6%), mais un peu moins que le mois précédent en raison de l'atténuation sensible de l'évolution des dépenses de soins infirmiers.

La progression des médicaments délivrés en ville est quant à elle restée modérée, à 1,4%, tout comme celle des dépenses d'analyse médicales (+0,6%).

Enfin, les indemnités journalières, versées en compensation des arrêts maladie, semblent définitivement sorties de trois ans de spirale haussière: elles ont augmenté de 4,9% sur sept mois, comme en juin.

Les versements aux établissements de santé ont pour leur part progressé de 2,1% à fin juillet, dans des proportions quasi similaires entre le public (+2%) et le privé (+2,4%). A la fin juillet, les versements aux établissements médico-sociaux ont enfin augmenté de 8,6% dont + 10,6% pour les seules personnes âgées.

lundi 23 août 2010

Primary-Care Doctors: Saying No to $191,000 a Year

By Ruchika Tulshyan Sunday, Aug. 22, 2010, Time Magazine

Last year, the U.S. government spent over $2 trillion on health care, the most of any OECD country. Still, with all that money going out the door there is a worsening income crisis among primary-care physicians that, if unaddressed, will lead to an acute shortage of these doctors in the years ahead, when retiring baby boomers will need them most.

The education pipeline offers no hint of improvement. Less than 2% of current medical students are interested in general internal medicine and 4.9% in family-care practice, says a study by Dr. Karen Hauer, published in the Journal of the American Medical Association.

While a growing concern, it's no mystery as to why the general practitioner (GP) is a dying breed. Rising medical-school costs — up between 4% and 7% from last year, according to American Association of Medical Colleges (AAMC) data — and a continually widening gap between general-practitioner and specialist salaries make the career choice for medical students a fairly easy one: get a specialty.

"Primary care, especially family medicine, was what I wanted to do when I started medical school. Now three years later with $150,000 in debt, I am considering specializing in neurology," says Samantha Luk, a third-year medical-school student at Northwestern University.

While she hasn't ruled out family medicine when she has to make her career decision in 2011, the combination of a higher salary and more interesting work that neurology offers is swaying her to specialize.

In 2009, primary-care doctors earned a median salary of $191,401, according to the Medical Group Management Association's 2010 physician-compensation report.

Cardiologists earned a median of $457,310 and dermatologists made $385,088 — doctors who owned their practices earned much more, on average.

In these tough economic times, most Americans would say that any of those incomes seem high. In fact, the primary-care doctor's gross is often far short of what they need to make ends meet.

The average medical-school student graduates with $200,000 in loans, according to the American Academy of Family Physicians (AAFP). This doesn't include their debt related to four years of undergraduate study. For some students the total debt burden can reach nearly $500,000 — a daunting sum that puts many of them off family medicine.

"Money is a bigger influence on these decisions than most students will admit," Luk says. Plus, specialties offer lifestyle advantages, like more time with family in the long run.

Even for students without heavy debt burdens, the appeal of a general practice is low.

"I don't believe medical students go into this profession to make money," says Jamil Ortoleva, a third-year medical student at Columbia University. "But family physicians don't make enough to cover costs of running a clinic, the insurance is high and so many clinics have closed over the past few years. Even GPs still in business have to take on more patients to pay the bills. The quality of care goes down, and that's a huge deterrent," he adds.
(See 10 players in health care reform.)

The trend away from family practice is already producing shortages in rural areas and could produce a national doctor crisis in just a few years.

"Unless more primary-care physicians are recruited, we estimate a shortage of 30,000 doctors by 2015," says Dr. Atul Grover, chief advocacy officer for the AAMC. "In 10 years, this shortage could go up to 150,000. It takes seven years to train a doctor, so we need to act now," he says.

The recent passage of health care reform legislation offers some improvement to primary-care doctors, but doctors see it as insufficient.

"The new legislation adds a 10% bonus to primary-care physicians' Medicare reimbursement salaries. But this is nowhere near enough. We need to see a 30% to 50% increase in salaries overall to make any real change in the system," says Dr. Lori Heim, president of the AAFP.

Read more: http://www.time.com/time/business/article/0,8599,2012443,00.html#ixzz0xQjdnXFQ

mercredi 21 juillet 2010

L'AP-HP veut réduire ses dépenses

AFP, 20/07/2010

L'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) prévoit de réduire ses dépenses de plus de 276 millions d'euros au cours de la période allant de 2010 à 2014 afin de redresser sa situation financière, selon un document interne.

Cet "effort d'efficience" sera particulièrement fort entre 2010 et 2012, avec environ 56 millions d'euros d'économies pour 2010 et 73 millions en 2011 et en 2012, puis 37 millions en 2013 et en 2014, selon ce document dont l'existence a été dévoilé lundi par le journal Les Echos.

Le plan de réorganisation de l'AP-HP pour les cinq prochaines années, dont la préparation suscite de vifs remous, doit être adopté en septembre. Le plan stratégique précédent "a été marqué sur le plan financier par une forte augmentation de la dette (+87%) et par une dégradation du résultat principal en 2009 (-93,5 millions d'euros)", souligne le document.

La direction de l'AP-HP souhaite revenir à l'équilibre financier en 2012 tout en rationalisant et améliorant l'offre de soins. Elle prévoit notamment de réunir en 12 groupes hospitaliers les 37 hôpitaux de l'AP-HP.

Le projet de plan stratégique 2010-2014, sur lesquels les membres du conseil de surveillance de l'AP-HP se penchent actuellement, évoque la "reconstruction conjointe sur un site à définir" des hôpitaux Bichat et Beaujon et le "nécessaire transfert des activités d'hospitalisation complète de l'Hôtel Dieu dans un délai rapide" vers l'hôpital Cochin.

jeudi 1 juillet 2010

Présidence de l'AP-HP : Briet l'emporte sur Le Guen dans une élection très surveillée

Le Monde, 1 juillet 2010

C'est une élection hautement symbolique qui s'est tenue, mercredi 30 juin à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), et il aura fallu trois tours pour trancher : le haut fonctionnaire Raoul Briet (ancien directeur de la Sécurité sociale, magistrat à la Cour des comptes et membre de la Haute autorité de santé), a été élu, par 8 voix contre sept, président du tout nouveau conseil de surveillance du plus gros hôpital de France.

Face à lui se trouvait Jean-Marie Le Guen, adjoint (PS) au maire de Paris, jusque-là président suppléant du conseil d'administration de l'institution, et candidat à sa propre succession, même avec un changement de structure.

C'est en effet la loi Bachelot, votée en 2009, qui a créé les conseils de surveillance, en remplacement des conseils d'administration. Avec une évolution majeure : peut désormais être élu président, non plus seulement le maire de la ville où est situé l'établissement, mais aussi une "personnalité qualifiée". Une révolution, et un enjeu politique, surtout à Paris.

Aussitôt, le maire Bertrand Delanoë a fait savoir ses "vifs regrets" que le choix ne se soit pas porté sur un élu. "C'est encore une fois la manifestation d'un traitement spécifique à l'AP-HP, un consensus ayant été trouvé pour que les CHU des autres grandes villes demeurent présidés par des élus, écrit-il, regrettant cette rupture supplémentaire du pacte de confiance entre l'Etat et les collectivités locales."

"PARODIE DE DÉMOCRATIE"

Le syndicat Sud des hôpitaux parisiens, pour sa part, a réagi jeudi 1er juillet : "Élection du président du conseil de surveillance de l'AP-HP: l'Elysée reprend la main", titre-t-il son communiqué. Il y déplore des nominations au conseil téléguidées, et dénonce une "parodie de démocratie".

Ironie du sort, M. Briet a été désigné au conseil de surveillance dans la catégorie "personnalités qualifiées" par Claude Evin, lui-même nommé directeur général de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France par le gouvernement… et ancien ministre socialiste de la santé. Tandis que M. Le Guen avait annoncé sa candidature depuis longtemps, il n'avait confirmé la sienne que la veille du scrutin.

Le système ayant changé, il estime qu'un profil comme le sien pourrait permettre de contribuer à moderniser l'AP-HP. Il a eu notamment la charge du récent rapport remis à Nicolas Sarkozy sur le respect de l'objectif des dépenses de santé. Maintenant l'élection passée, le conseil de surveillance va devoir examiner le budget 2010 des hôpitaux de Paris, puis leur plan de modernisation 2010-2014. Deux sujets qui suscitent de vifs remous chez les médecins et les soignants, car de nombreuses suppressions de postes pourraient être décidées.
Laetitia Clavreul

mercredi 30 juin 2010

Raoul Briet: Un nouveau président à la tête de l'AP-HP

Le Figaro, 30 juin 2010

Raoul Briet, 57 ans, magistrat à la Cour des comptes, et président du Fonds de réserve des retraites, a été nommé ce mercredi à la présidence du premier hôpital de France.

La loi Bachelot a remplacé le conseil d'administration des hôpitaux publics par un conseil de surveillance, dont le président n'est plus automatiquement le maire de la commune ou son représentant. Il est élu parmi les politiques ou les personnalités qualifiées siégeant au conseil.

Application, ce mercredi, dans le premier hôpital de France : l'AP-HP (Paris) réunissait son premier conseil de surveillance. Il a porté à sa tête Raoul Briet, 57 ans, magistrat à la Cour des comptes, président du Fonds de réserve des retraites appelé à être liquidé -, membre de la Haute autorité de santé et ancien directeur de la Sécurité sociale.

Le plan 2010-2014 doit encore être entériné

Il a été élu par 8 voix contre sept au troisième tour… Sa candidature l'a emporté sur celle du député Jean-Marie Le Guen, président sortant au titre d'adjoint au maire de Paris.

Alors que l'AP-HP doit encore entériner son controversé plan 2010-2014, qui prévoit des suppressions de postes pour éliminer les déficits, le bouillonnant spécialiste des questions de santé et de protection sociale au PS a ainsi été battu par une « personnalité qualifiée » désignée au conseil de surveillance par… Claude Evin, directeur de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France mais aussi ancien ministre socialiste de la Santé.

L'AP-HP se déleste de ses legs

Le Monde, 30 juin 2010

A vendre : dunes, forêts, château, immeubles... le tout appartenant aux Hôpitaux de Paris. Alors que, jusque-là, l'AP-HP cédait pour environ 10 millions d'euros par an de biens privés, souvent issus de legs, elle veut multiplier ce chiffre par deux ou trois cette année et les suivantes.

L'idée est de financer en partie la modernisation de son parc hospitalier, prévue dans le plan 2010-2014 qui sera bientôt voté. Au total, l'objectif est de récupérer de 200 à 400 millions d'euros sur quatre ans, dont la moitié en patrimoine non hospitalier.

La règle est toujours la même, "ni brader ni spéculer", selon le directeur général, Benoît Leclercq. L'AP-HP a vendu, ces dernières années, des trésors, comme le Théâtre Mogador (5,5 millions d'euros) ou un hôtel Holiday Inn (14 millions). Mais il reste quelques bijoux de famille, que certains s'attristent de voir partir.

Pour que les millions tombent, et vite, ce sont d'abord les "biens de prestige" facilement cédables qui sont proposés à la vente. Sept appartements, seize chambres de bonne, deux locaux d'activité : au 5, rue Andrieux, dans le 8e arrondissement de Paris, c'est tout l'immeuble qui est à vendre. Il devrait rapporter de 5 à 7 millions d'euros.

Six autres immeubles des quartiers chics seront mis peu à peu en vente, après accord du conseil de surveillance. Leurs adresses ne seront dévoilées qu'une fois les occupants prévenus. Il y a aussi des appartements isolés, comme ces petits lots issus d'un même legs, aux 6 et 8, rue Houdard-de-Lamotte, impasse du 15e arrondissement.

Et il n'y a pas que Paris. Du patrimoine foncier de l'AP-HP, on en trouve dans 30 départements. Dans les prévisions de cessions de 2010, il y a ainsi des pavillons à Pau, Fontainebleau ou Neuilly-sur-Marne, dont la vente est actée. D'autres, au Vésinet, aux Sables-d'Olonne ou à Laval, pourraient être votées. Héritage également d'un temps où il était de coutume de céder des biens aux hôpitaux, il reste aussi 681 hectares de terres agricoles, bois et forêts. Plus de 400 vont être cédés.

Malgré la vente, ces dernières années, de deux stades, d'une station-service et du terrain d'une mosquée, il demeure toujours des biens insolites. Au programme des cessions 2010, il y a 6 hectares de dunes à Berck, dans l'enceinte de l'hôpital maritime. En 2002, 192 hectares avaient déjà été vendus au Conservatoire du littoral, 3 500 euros chacun.

A vendre également, tous deux issus de legs du début du XXe siècle, le château de Cercamp, à Frévent, dans le Pas-de-Calais, et un manoir à Roscoff. Outre la bâtisse, cette propriété contient un terrain de 2 hectares, une chapelle, un logement, une ancienne ferme et un bâtiment hospitalier. Il avait été loué en 1920 pour quatre-vingt-dix-neuf ans au Centre héliomarin de Roscoff, qui souhaite se désengager.

Difficile de se douter que tout cela appartient à l'AP-HP. Même chose pour cette jolie école municipale, à laquelle sont adossées une crèche et une PMI, rue de Monceau, à Paris (8e). Une rue plus connue pour abriter des sociétés d'assurances et de la finance.

Deux autres établissements scolaires ne sont pas dans la liste 2010, mais n'ont pas plus d'intérêt à être conservés : le lycée hôtelier Belliard (18e) et, à deux pas de la place de Catalogne, l'établissement régional d'enseignement adapté Crocé-Spinelli. Malgré la plaque "conseil régional d'Ile-de-France" apposée à l'entrée, ils appartiennent à l'AP-HP. Elle ne perçoit aucun loyer, mais ne paie aucuns frais d'entretien.

Bientôt, il sera plus facile de s'y retrouver. L'AP-HP prépare pour l'automne un site Internet où seront indiqués les biens à acquérir. Mais lui restera-t-il longtemps du patrimoine privé à céder ? Les ventes s'accélèrent, et les legs ne sont plus si courants. "Il fut un temps où la France était un pays de rentiers, ça a changé", rappelle Marc Dupont, directeur adjoint du service juridique. Ce qui explique aussi pourquoi les legs immobiliers cèdent peu à peu la place à ceux constitués de contrats d'assurance-vie, liquidités et lingots d'or. Ceux qui lèguent aujourd'hui des biens à l'AP-HP sont surtout d'anciens patients, enfants de l'Assistance publique ou salariés sans héritiers.

En moyenne, il n'y a plus que deux legs immobiliers par an. En 2009, il n'y en a même eu qu'un, constitué d'un studio, d'un deux-pièces et d'une cave, au 1, rue de la Grande-Chaumière, près de Montparnasse. Certes, l'immeuble n'a pas le prestige de ceux que s'apprête à vendre l'AP-HP, mais le lot s'est quand même vendu 464 000 euros. L'ancienne propriétaire, Marthe T., a aussi légué 400 000 euros à l'AP-HP. Soit près de la moitié du 1,9 million perçu en 2009. Une bonne année.

De fait, les plus grosses sommes viennent des parcelles hospitalières libérées à la suite de restructurations. Des ventes qui se chiffrent en millions d'euros, voire en dizaines de millions, mais qui nécessitent des années, car il faut négocier avec la Mairie de Paris, qui dispose d'un droit de préemption. Une grande bataille se prépare ainsi, celle de la vente de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, qui fermera en 2011. L'AP-HP en attend 130 millions.

Et après, que vendra-t-elle ? Peut-être des bâtiments d'une grande valeur financière, mais aussi sentimentale. L'hôtel Scipion, qui abritait les anciennes boulangeries, transformées en logements et salles de réunion ? Ou bien son siège, qui fait majestueusement face à l'Hôtel de Ville. La question de sa vente est déjà plus ou moins posée, le plan 2010-2014 prévoyant sa réorganisation. Elle pourrait rapporter plus de 150 millions, mais sera contestée. "Il symbolise l'unité de l'AP-HP", rappelle Marie-Christine Farrarik, du syndicat SUD. Un sujet tabou, alors que le démantèlement de l'institution est redouté.

Reste à savoir si le nouveau conseil de surveillance, qui devait élire son président mercredi 30 juin, souhaitera la poursuite de cette politique. Devant le besoin d'investissement et l'impératif de retour à l'équilibre budgétaire fixé par l'Elysée, il pourrait ne pas avoir le choix.

Laetitia Clavreul

mardi 29 juin 2010

Appel pour une refondation des études médicales

L'Express, 30 juin 2010

Douze médecins sont signataires de l'appel pour une réforme des études médicales.

Les arguments pour une refonte des études médicales

Un consensus se dégage pour considérer qu'il faut repenser la médecine de ville notamment pour la rendre de nouveau attractive pour les jeunes médecins et éviter la création de déserts médicaux en France.

De nombreuses évolutions de la formation initiale des médecins ont permis d'enrichir leur connaissance du métier de médecin généraliste. Le récent rapport de la mission Legmann propose dans ce sens de rajouter des stages dans leur cursus.

Cependant la situation est devenue critique car l'écart entre ce que les médecins réalisent sur le terrain et ce qu'ils pourraient faire devient important. Cela peut être une source de frustrations pour les jeunes praticiens. Cela peut être une possible perte de chance pour les patients.

Cela entraîne aussi des coûts importants pour la société, comme par exemple:

- des retards d'orientation vers les urgences se traduisant par davantage de décès ou de formes graves et chroniques, comme des hémiplégies, dont la charge est économiquement très lourde,

- trop d'actes inutiles sont demandés à la recherche de causes à faible probabilité, quand des diagnostics essentiels ne sont pas faits, entraînant des prises en charge coûteuses alors que des traitements spécifiques et précoces auraient pu être efficaces,
- trop de traitements sont inutilement prescrits, quand des explications et l'usage d'approches complémentaires pourraient être avantageusement proposés.

Les progrès médicaux ont été tels depuis 30 ans que l'enseignement séculaire des études médicales n'est plus adapté. Il faut repenser en profondeur les études de médecine pour rendre la formation beaucoup plus pratique, l'objectif de cette refonte étant d'enrichir considérablement l'exercice médical, et cela dans toutes les spécialités (médecine générale et autres spécialités). C'est cet enrichissement de la pratique médicale qui devrait redonner tout son sens au métier, et contribuer à ressusciter des vocations.

Il faudra plus d'une dizaine d'années pour que l'impact d'une telle réforme se fasse pleinement sentir. À plus court terme, c'est l'enseignement de la spécialité de médecine générale qu'il faut enrichir. À défaut d'une profonde révision des études médicales, une simple réorganisation de la médecine de ville n'aura qu'un effet très limité en termes de santé publique.

La proposition de réforme

D'une manière générale, l'enseignement devrait être organisé non plus uniquement sur l'acquisition de savoirs, mais sur l'acquisition de compétences selon des objectifs actualisés chaque année.

- Dans ce but les études devraient, dès la 2ème année, associer savoirs théoriques, connaissances pratiques et savoir agir dans des domaines transversaux afin de constituer un tronc commun homogène initial. L'enseignement des spécialités se ferait ensuite sur la base d'une liste de problèmes médicaux et de situations cliniques dont la connaissance est incontournable, tant du fait de leur fréquence que de leur caractère de gravité*.

- Dans cet esprit, il faudrait plutôt réserver les enseignements de la faculté à la pratique, en s'appuyant notamment sur une banque de photos et de vidéos cliniques. Les sciences dites fondamentales, anatomie, histologie, biochimie, etc. devraient être acquises en fonction des pathologies étudiées, et être disponibles sur un site Internet, les étudiants pouvant en prendre connaissance au préalable.

- Cela impliquerait que les enseignants en médecine puissent consacrer beaucoup plus de temps à leurs étudiants et que l'évaluation continue des pratiques soit organisée tout au long des études médicales. Cela nécessiterait aussi que des moyens techniques soient dévolus à cet enseignement pratique et que ces moyens soient en permanence accessibles aux étudiants désireux de s'entraîner collectivement.

- L'apprentissage de l'examen clinique dans sa globalité serait organisé dès la 2ème année, sous forme de travaux pratiques. Il porterait aussi sur l'acquisition des techniques complémentaires simples, pouvant être réalisées partout, comme l'électrocardiogramme, le doppler (de poche), la spirométrie, l'otoscopie, etc. La pratique de l'échographie deviendrait la base de l'enseignement de l'anatomie qui serait orienté vers l'anatomie en coupes, améliorant ainsi la lecture des imageries standard.

- L'apprentissage des gestes d'urgence, y compris l'intubation, se ferait sur des mannequins. La pratique des gestes simples comme les points de suture, la pose d'une sonde vésicale, le frottis cervico-vaginal, ferait pleinement partie des compétences à valider.

- L'enseignement de la prévention serait renforcé, toujours dans un sens pratique (organisation des dépistages, prévention des infections sexuellement transmissibles, des maladies chroniques (facteurs de risques), éducation thérapeutique, aide au sevrage du tabac et de l'alcool, prévention des risques iatrogéniques notamment chez le sujet âgé).

- Cette forme d'enseignement serait plus à même d'entraîner les futurs médecins à intégrer chaque année les constants progrès médicaux, et à utiliser les bases de connaissances dans leur pratique quotidienne comme celles disponibles pour prescrire des médicaments.

Les 12 signataires

Cancérologie : Dr Thierry Dorval / Institut Curie - Cardiologie: Pr Daniel Thomas / Pitié-Salpêtrière - Chirurgie digestive: Pr Yves Panis / Beaujon - Chirurgie vasculaire et Angiologie: Pr Jean-Pierre Becquemin / Henri Mondor - Gynécologie-Obstétrique: Pr Emile Darai / Tenon - Médecine générale: Pr Max Budowski / Paris VII - Médecine générale et échographie: Dr Olivier Walusinski / Brou (Perche). - Médecine générale, éthique de santé et tabacologie: Dr Philippe Presles / Paris - Neurologie: Pr Olivier Lyon-Caen / Pitié-Salpêtrière - Pneumologie: Pr Charles-Hugo Marquette / Nice - Psychiatrie: Dr Paul Bensussan / Expert DSM-IV, Versailles - Urologie: Pr Olivier Traxer / Tenon