Le Monde, 11 mars 2010
Le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Benoît Leclercq, aurait été "viré", selon des informations rapportées, jeudi 11 mars, par le site Internet de Libération.
"Le ministère de la santé a démenti cette l'information. Mais, de sources élyséennes, c'est confirmé", précise le quotidien. M. Leclercq, 62 ans, est directeur général de l'AP-HP depuis 2006.
Cette décision intervient alors que des syndicats de l'AP-HP occupent actuellement et depuis la mi-journée son siège à Paris, afin de dénoncer les projets de restructuration de la direction. Une centaine de personnes se sont installées dans la salle de conseil du siège, situé près de l'Hôtel de Ville, dans l'intention d'y passer la nuit, à l'appel de l'intersyndicale CGT-CFDT-FO-SUD-Santé-CFTC.
Celle-ci demande l'arrêt immédiat de la fermeture de nombreux hôpitaux de l'AP-HP, du plan social de suppressions d'emplois, qu'elle chiffre à 5 700, et le maintien de l'offre de soins en Ile-de-France.
vendredi 12 mars 2010
Le siège de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris occupé par les syndicats
Le Monde, 11 mars 2010
Des syndicats de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) occupent, jeudi depuis la mi-journée son siège à Paris, afin de dénoncer les projets de restructuration de la direction. Une centaine de personnes se sont installées dans la salle de conseil du siège, situé près de l'Hôtel de Ville, dans l'intention d'y passer la nuit, à l'appel de l'intersyndicale CGT-CFDT-FO-SUD-Santé-CFTC.
"Nous sommes résolument opposés aux restructurations de l'AP-HP, c'est la casse des hôpitaux, leur démantèlement", a affirmé Gilles Damez, délégué FO, reprochant par ailleurs à la direction de vouloir vendre le siège.
La direction veut regrouper autour de douze groupes hospitaliers les hôpitaux parisiens et franciliens aujourd'hui au nombre de 37, un projet qui prévoit la suppression de 3 000 à 4 000 emplois d'ici à 2012.
Dans un communiqué, l'intersyndicale déclare refuser "des restructurations menées sur la seule logique comptable (...) sur le dos des malades et des personnels". Cette restructuration, selon elle, se traduirait par 300 millions d'euros d'économie d'ici à 2012.
Aussi, l'intersyndicale "exige" notamment l'arrêt immédiat de la fermeture de nombreux hôpitaux de l'AP-HP, du plan social de suppressions d'emplois, qu'elle chiffre à 5 700, et le maintien de l'offre de soins sur l'Ile-de-France.
Des syndicats de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) occupent, jeudi depuis la mi-journée son siège à Paris, afin de dénoncer les projets de restructuration de la direction. Une centaine de personnes se sont installées dans la salle de conseil du siège, situé près de l'Hôtel de Ville, dans l'intention d'y passer la nuit, à l'appel de l'intersyndicale CGT-CFDT-FO-SUD-Santé-CFTC.
"Nous sommes résolument opposés aux restructurations de l'AP-HP, c'est la casse des hôpitaux, leur démantèlement", a affirmé Gilles Damez, délégué FO, reprochant par ailleurs à la direction de vouloir vendre le siège.
La direction veut regrouper autour de douze groupes hospitaliers les hôpitaux parisiens et franciliens aujourd'hui au nombre de 37, un projet qui prévoit la suppression de 3 000 à 4 000 emplois d'ici à 2012.
Dans un communiqué, l'intersyndicale déclare refuser "des restructurations menées sur la seule logique comptable (...) sur le dos des malades et des personnels". Cette restructuration, selon elle, se traduirait par 300 millions d'euros d'économie d'ici à 2012.
Aussi, l'intersyndicale "exige" notamment l'arrêt immédiat de la fermeture de nombreux hôpitaux de l'AP-HP, du plan social de suppressions d'emplois, qu'elle chiffre à 5 700, et le maintien de l'offre de soins sur l'Ile-de-France.
jeudi 11 mars 2010
Les médecins généralistes en grève
LEXPRESS.fr AFP, 11/03/2010
Des généralistes ferment leur cabinet ce jeudi, car ils s'estiment moins bien reconnus que les spécialistes et "harcelés" par la Sécu.
Se jugeant "mal reconnus" par rapport aux médecins spécialistes, dont le prix de la consultation est plus élevé, ou "harcelés" par la Sécu pour limiter les dépenses, des généralistes racontent pourquoi ils ferment leur cabinet ce jeudi à l'appel de plusieurs syndicats.
"On reste en bas de l'échelle. On fait les mêmes études que tout le monde, mais on fait un boulot considéré comme misérable par rapport à un spécialiste", résume Bruno Deloffre, 53 ans, installé à Courbevoie (Hauts-de-Seine).
"On ne se bagarre pas pour un euro, mais pour le titre et la reconnaissance des compétences du médecin généraliste", explique-t-il, alors que quatre syndicats appellent à fermer les cabinets jeudi pour obtenir l'alignement du prix de la consultation du généraliste (22 euros actuellement) sur le prix plancher des autres médecins (23 euros).
Un "harcèlement" de la Sécu
Ce mouvement, baptisé "généralistes en colère", est aussi suivi pour d'autres raisons: Jean-Pierre Enrione-Thorrand, 61 ans, installé à Grenoble, accuse sa caisse d'assurance maladie de "harcèlement".
"Je demande une prise en charge à 100% pour deux patientes: même âge, même moment de départ à la retraite, même maladie, même traitement, même pose de pacemaker. Dans un cas, on me l'accorde sans discuter. Dans l'autre, on me la refuse. Ca fait neuf mois. J'ai écrit partout pour qu'on m'explique sur quel texte on s'appuie et personne me répond", s'exclame-t-il.
Youssef Barada, 61 ans, installé à Plouër-sur-Rance (Côtes-d'Armor), va dans le même sens: "Sur le plan des prescriptions, on est sous haute surveillance permanente (...) on est soupçonné tout le temps".
"Il y a deux mois, la caisse a décrété unilatéralement dans les Côtes d'Armor que, pour les visites, on n'avait plus le droit de faire de tiers payant", à savoir dispenser le patient d'avancer les frais en attendant le remboursement, dit-il.
"Ca porte préjudice à des patients qui n'ont pas les moyens" dit-il, en évoquant la cas d'une patiente "sans un rond" qui doit attendre deux à trois mois pour être remboursée.
"L'euro de hausse de la consultation n'est pas le plus important. Le plus important, c'est les conditions de travail. Les jeunes ne veulent plus s'installer à nos places. Moi, j'ai acheté une clientèle qui m'a coûté trente briques (300.000 francs, ndlr) il y a 28 ans. Là, je suis prêt à la céder pour un euro symbolique et je ne suis pas sûr de trouver quelqu'un", conclut-il.
Des généralistes ferment leur cabinet ce jeudi, car ils s'estiment moins bien reconnus que les spécialistes et "harcelés" par la Sécu.
Se jugeant "mal reconnus" par rapport aux médecins spécialistes, dont le prix de la consultation est plus élevé, ou "harcelés" par la Sécu pour limiter les dépenses, des généralistes racontent pourquoi ils ferment leur cabinet ce jeudi à l'appel de plusieurs syndicats.
"On reste en bas de l'échelle. On fait les mêmes études que tout le monde, mais on fait un boulot considéré comme misérable par rapport à un spécialiste", résume Bruno Deloffre, 53 ans, installé à Courbevoie (Hauts-de-Seine).
"On ne se bagarre pas pour un euro, mais pour le titre et la reconnaissance des compétences du médecin généraliste", explique-t-il, alors que quatre syndicats appellent à fermer les cabinets jeudi pour obtenir l'alignement du prix de la consultation du généraliste (22 euros actuellement) sur le prix plancher des autres médecins (23 euros).
Un "harcèlement" de la Sécu
Ce mouvement, baptisé "généralistes en colère", est aussi suivi pour d'autres raisons: Jean-Pierre Enrione-Thorrand, 61 ans, installé à Grenoble, accuse sa caisse d'assurance maladie de "harcèlement".
"Je demande une prise en charge à 100% pour deux patientes: même âge, même moment de départ à la retraite, même maladie, même traitement, même pose de pacemaker. Dans un cas, on me l'accorde sans discuter. Dans l'autre, on me la refuse. Ca fait neuf mois. J'ai écrit partout pour qu'on m'explique sur quel texte on s'appuie et personne me répond", s'exclame-t-il.
Youssef Barada, 61 ans, installé à Plouër-sur-Rance (Côtes-d'Armor), va dans le même sens: "Sur le plan des prescriptions, on est sous haute surveillance permanente (...) on est soupçonné tout le temps".
"Il y a deux mois, la caisse a décrété unilatéralement dans les Côtes d'Armor que, pour les visites, on n'avait plus le droit de faire de tiers payant", à savoir dispenser le patient d'avancer les frais en attendant le remboursement, dit-il.
"Ca porte préjudice à des patients qui n'ont pas les moyens" dit-il, en évoquant la cas d'une patiente "sans un rond" qui doit attendre deux à trois mois pour être remboursée.
"L'euro de hausse de la consultation n'est pas le plus important. Le plus important, c'est les conditions de travail. Les jeunes ne veulent plus s'installer à nos places. Moi, j'ai acheté une clientèle qui m'a coûté trente briques (300.000 francs, ndlr) il y a 28 ans. Là, je suis prêt à la céder pour un euro symbolique et je ne suis pas sûr de trouver quelqu'un", conclut-il.
Les généralistes, infirmières et puéricultrices se mettent en grève
Le Point, 11 mars 2010
Journée d'action jeudi pour les médecins généralistes, les infirmières et les professionnels de la petite enfance. Des crèches et des cabinets médicaux devraient être fermés jeudi en France. Tour d'horizon de la grogne.
Médecins généralistes
Ils ferment leur cabinet pour réclamer davantage de moyens. Les syndicats de la profession, MG France, Union généraliste, Union collégiale et SNJMG (jeunes généralistes), dénoncent le manque de reconnaissance des médecins généralistes par rapport aux spécialistes, dont le prix de la consultation est plus élevé.
Ils s'en prennent également à la pression de la Sécurité sociale pour limiter les dépenses.
Un communiqué de MG France, premier syndicat, souligne : "L'État, par le fait qu'il n'applique pas les lois qu'il a fait voter, et l'assurance-maladie, par les mesures discriminantes et vexatoires qu'elle applique avec zèle à l'encontre des généralistes, créent les conditions d'une France sans médecins généralistes. Si rien ne change, à l'horizon 2025, il y aura moins de 23.000 généralistes en cabinets, contre 56.000 aujourd'hui."
Le texte fait notamment référence à "la spécialité de médecine générale" prévue par la loi qui ne s'est pas concrétisée par une augmentation des tarifs.
Infirmières
Six syndicats d'infirmières appellent à une journée de grève avec rassemblement à Paris pour la reconnaissance de leur niveau de qualification et de la pénibilité de leur travail, alors que le gouvernement envisage de repousser l'âge minimal de départ à la retraite des infirmières salariées de 55 à 60 ans.
Selon un projet de réforme en préparation, l'ensemble des futures infirmières qui ont commencé leurs études après 2008 seront mieux rémunérées, mais elles ne pourront partir à la retraite qu'à partir de 60 ans.
Professionnels de la petite enfance
Les crèches devraient fermer leur porte en raison d'un mouvement de grève nationale des professionnels de la petite enfance, opposés à un assouplissement des règles d'accueil préparé par le gouvernement.
Des préavis de grève ont été déposés par les fédérations CGT, CFDT, Unsa et FSU et une trentaine de rassemblements et manifestations sont prévus dans toute la France, selon le collectif de professionnels baptisé "Pas de bébé à la consigne", en guerre depuis près d'un an contre un futur décret.
Le texte, qui devrait, selon la secrétaire d'État à la Famille, Nadine Morano, être publié "dans les trois mois", prévoit notamment des possibilités d'accueils supplémentaires dans les établissements, mais abaisse de 50 à 40 % le taux minimal de personnel "très qualifié" (éducateurs de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture...) obligatoirement présent, augmentant, du même coup, le nombre de personnels moins qualifiés, comme les titulaires de CAP petite enfance.
Journée d'action jeudi pour les médecins généralistes, les infirmières et les professionnels de la petite enfance. Des crèches et des cabinets médicaux devraient être fermés jeudi en France. Tour d'horizon de la grogne.
Médecins généralistes
Ils ferment leur cabinet pour réclamer davantage de moyens. Les syndicats de la profession, MG France, Union généraliste, Union collégiale et SNJMG (jeunes généralistes), dénoncent le manque de reconnaissance des médecins généralistes par rapport aux spécialistes, dont le prix de la consultation est plus élevé.
Ils s'en prennent également à la pression de la Sécurité sociale pour limiter les dépenses.
Un communiqué de MG France, premier syndicat, souligne : "L'État, par le fait qu'il n'applique pas les lois qu'il a fait voter, et l'assurance-maladie, par les mesures discriminantes et vexatoires qu'elle applique avec zèle à l'encontre des généralistes, créent les conditions d'une France sans médecins généralistes. Si rien ne change, à l'horizon 2025, il y aura moins de 23.000 généralistes en cabinets, contre 56.000 aujourd'hui."
Le texte fait notamment référence à "la spécialité de médecine générale" prévue par la loi qui ne s'est pas concrétisée par une augmentation des tarifs.
Infirmières
Six syndicats d'infirmières appellent à une journée de grève avec rassemblement à Paris pour la reconnaissance de leur niveau de qualification et de la pénibilité de leur travail, alors que le gouvernement envisage de repousser l'âge minimal de départ à la retraite des infirmières salariées de 55 à 60 ans.
Selon un projet de réforme en préparation, l'ensemble des futures infirmières qui ont commencé leurs études après 2008 seront mieux rémunérées, mais elles ne pourront partir à la retraite qu'à partir de 60 ans.
Professionnels de la petite enfance
Les crèches devraient fermer leur porte en raison d'un mouvement de grève nationale des professionnels de la petite enfance, opposés à un assouplissement des règles d'accueil préparé par le gouvernement.
Des préavis de grève ont été déposés par les fédérations CGT, CFDT, Unsa et FSU et une trentaine de rassemblements et manifestations sont prévus dans toute la France, selon le collectif de professionnels baptisé "Pas de bébé à la consigne", en guerre depuis près d'un an contre un futur décret.
Le texte, qui devrait, selon la secrétaire d'État à la Famille, Nadine Morano, être publié "dans les trois mois", prévoit notamment des possibilités d'accueils supplémentaires dans les établissements, mais abaisse de 50 à 40 % le taux minimal de personnel "très qualifié" (éducateurs de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture...) obligatoirement présent, augmentant, du même coup, le nombre de personnels moins qualifiés, comme les titulaires de CAP petite enfance.
mercredi 17 février 2010
Pour gagner plus ? Soyez un homme, financier, médecin ou pilote de ligne
Libération, 17 février 2010
Dans les cinq ans qui ont précédé la crise, les salaires ont baissé à l’hôpital et augmenté moins vite dans la fonction publique que le privé, selon l’édition 2010 de référence de l’Insee sur les salaires, publiée mercredi.
Entre 2002 et 2007, dans le secteur privé et semi-public, «la reprise du chômage amorcée en 2001 a pesé sur les salaires», avant «un début d’amélioration en 2005 (…)», selon l’Insee qui chiffre à +0,6% par an en moyenne la hausse du salaire net annuel moyen sur la période pour les personnes travaillant à temps complet.
Sur la décennie 1996-2007, le salaire moyen a augmenté plus sensiblement en bas de la hiérarchie salariale (grâce au Smic) et en haut (grâce aux primes de performance et compléments en fonction de la conjoncture, notamment en 2007) mais il «a stagné en son milieu».
Dans le secteur public, qui représente 20% de l’emploi total en France, les salaires ont progressé entre 2002 et 2007 de +0,5% en moyenne par an dans les collectivités territoriales. Ils ont stagné pour les agents d’Etat (+0,1%) et baissé à l’hôpital (-0,3% par an).
Dans le privé, les femmes gagnent 19,1% de moins que leurs collègues masculins et l’écart salarial «est resté pratiquement inchangé» sur 2002-2007. La différence hommes-femmes est moins marquée dans la fonction publique (entre 11% et 13% de moins) et est «réduite» sur la période, selon l’Insee.
En 2007, le salaire net annuel moyen était de 24.016 euros pour un temps complet dans le privé (26.930 euros dans la fonction publique d’Etat, 20.509 euros dans les collectivités territoriales, 25.900 euros dans le secteur public hospitalier). De manière générale, «la hiérarchie des rémunérations est voisine de celle des niveaux de qualifications», selon l’Insee.
La moyenne du privé cache des disparités régionales qualifiées de «fortes» (l’Ile-de-France gagne plus car il y a 30% de cadres, contre 16% en moyenne) et des différences entre les métiers allant du «simple au triple» en 2007-08.
Au bas de l’échelle, les aides ménagères, coiffeurs et esthéticiens ont un salaire médian de 1.150 euros nets par mois, et les caissiers et employés de libre-service de 1.170 euros. A plus de 80%, ce sont des femmes ou des jeunes en début de vie active.
Le salaire «médian» désigne le niveau divisant les salariés en deux parties égales: 50% gagnent moins que le salaire médian et 50% gagnent plus.
Le salaire dit «moyen» est en général plus élevé, car la moyenne est tirée par les très hauts salaires.
Selon l’Insee, les mieux rémunérés sont les médecins salariés et assimilés, dont la moitié gagnent plus de 3.200 euros net mensuels.
Cadre commercial (2.950 euros), pilote d’avion (2.930), personnel de recherche, cadre bancaire ou de l’assurance (2.900), cadre comptables ou financiers (2.800), ingénieur (plus de 2.700 euros), cadre A de la fonction publique (2.700): voici les métiers qu’il faut viser pour gagner plus.
Sachant que la rémunération augmente «notablement» avec l’ancienneté et l’expérience, sauf dans l’informatique qui offre des revenus élevés aux plus jeunes.
La moitié des enseignants perçoit un salaire inférieur à 2.050 euros nets par mois, et la moitié des infirmiers et sages-femmes moins de 1.910 euros.
Le salaire médian est de 1.830 euros dans l’armée, la police et les pompiers.
Chez les ouvriers, la moitié gagne moins de 1.200 à 1.300 euros et «les augmentations dépendent des possibilités de mobilité professionnelle vers des emplois plus qualifiés», selon l’Insee.
Lire aussi
- Des évolutions salariales contrastées entre 2002 et 2007, Reuters, 17 février 2010
Dans les cinq ans qui ont précédé la crise, les salaires ont baissé à l’hôpital et augmenté moins vite dans la fonction publique que le privé, selon l’édition 2010 de référence de l’Insee sur les salaires, publiée mercredi.
Entre 2002 et 2007, dans le secteur privé et semi-public, «la reprise du chômage amorcée en 2001 a pesé sur les salaires», avant «un début d’amélioration en 2005 (…)», selon l’Insee qui chiffre à +0,6% par an en moyenne la hausse du salaire net annuel moyen sur la période pour les personnes travaillant à temps complet.
Sur la décennie 1996-2007, le salaire moyen a augmenté plus sensiblement en bas de la hiérarchie salariale (grâce au Smic) et en haut (grâce aux primes de performance et compléments en fonction de la conjoncture, notamment en 2007) mais il «a stagné en son milieu».
Dans le secteur public, qui représente 20% de l’emploi total en France, les salaires ont progressé entre 2002 et 2007 de +0,5% en moyenne par an dans les collectivités territoriales. Ils ont stagné pour les agents d’Etat (+0,1%) et baissé à l’hôpital (-0,3% par an).
Dans le privé, les femmes gagnent 19,1% de moins que leurs collègues masculins et l’écart salarial «est resté pratiquement inchangé» sur 2002-2007. La différence hommes-femmes est moins marquée dans la fonction publique (entre 11% et 13% de moins) et est «réduite» sur la période, selon l’Insee.
En 2007, le salaire net annuel moyen était de 24.016 euros pour un temps complet dans le privé (26.930 euros dans la fonction publique d’Etat, 20.509 euros dans les collectivités territoriales, 25.900 euros dans le secteur public hospitalier). De manière générale, «la hiérarchie des rémunérations est voisine de celle des niveaux de qualifications», selon l’Insee.
La moyenne du privé cache des disparités régionales qualifiées de «fortes» (l’Ile-de-France gagne plus car il y a 30% de cadres, contre 16% en moyenne) et des différences entre les métiers allant du «simple au triple» en 2007-08.
Au bas de l’échelle, les aides ménagères, coiffeurs et esthéticiens ont un salaire médian de 1.150 euros nets par mois, et les caissiers et employés de libre-service de 1.170 euros. A plus de 80%, ce sont des femmes ou des jeunes en début de vie active.
Le salaire «médian» désigne le niveau divisant les salariés en deux parties égales: 50% gagnent moins que le salaire médian et 50% gagnent plus.
Le salaire dit «moyen» est en général plus élevé, car la moyenne est tirée par les très hauts salaires.
Selon l’Insee, les mieux rémunérés sont les médecins salariés et assimilés, dont la moitié gagnent plus de 3.200 euros net mensuels.
Cadre commercial (2.950 euros), pilote d’avion (2.930), personnel de recherche, cadre bancaire ou de l’assurance (2.900), cadre comptables ou financiers (2.800), ingénieur (plus de 2.700 euros), cadre A de la fonction publique (2.700): voici les métiers qu’il faut viser pour gagner plus.
Sachant que la rémunération augmente «notablement» avec l’ancienneté et l’expérience, sauf dans l’informatique qui offre des revenus élevés aux plus jeunes.
La moitié des enseignants perçoit un salaire inférieur à 2.050 euros nets par mois, et la moitié des infirmiers et sages-femmes moins de 1.910 euros.
Le salaire médian est de 1.830 euros dans l’armée, la police et les pompiers.
Chez les ouvriers, la moitié gagne moins de 1.200 à 1.300 euros et «les augmentations dépendent des possibilités de mobilité professionnelle vers des emplois plus qualifiés», selon l’Insee.
Lire aussi
- Des évolutions salariales contrastées entre 2002 et 2007, Reuters, 17 février 2010
dimanche 14 février 2010
Entrevue avec Jean-Yves Fagon: directeur de la politique médicale à l’AP-HP
Libération - 12 février 2010
Le professeur Jean-Yves Fagon occupe le poste clé de directeur de la politique médicale à l’Assistance Publique de Paris. Il explique le plan de restructuration de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Toucher à l’AP, tâche impossible ?
Cela bouge. Depuis deux mois, l’ambiance a changé. On prend des décisions. Mais avait-on le choix ? Il y a 37 sites à l’AP-HP. Les rénover tous ? Impossible. Garder sept universités de médecine ? C’est trop. Tout le monde le sait. Ne rien faire, c’est notre mort avec la démographie médicale : des disciplines vont perdre jusqu’à 30% de leurs effectifs en cinq ans. De plus, les prises en charge ont changé : dans le cas du VIH, par exemple, on n’hospitalise quasiment plus.
Que proposez-vous ?
Une première phase avec la constitution des groupes hospitaliers (GH). Il y en aura 12. On a défini une offre de soins en trois axes : un socle d’activités indispensables dans chaque groupe hospitalier avec tout ce qu’il faut de disciplines et des plateaux techniques.
Il y a ensuite les activités hors du commun : a-t-on besoin, par exemple, de six centres de greffes hépatiques à Paris ? Peut-on les regrouper ? On va en débattre. Et entre ces deux axes, des activités sont à réorganiser.
Exemple, dans le nord de Paris : les hôpitaux Bichat et Beaujon [à Clichy) doivent être rénovés. Cela coûte moins cher de bâtir un seul hôpital, flambant neuf. Enfin, il faut coopérer avec les autres grands hôpitaux d’Ile-de-France.
Cette réforme met à mal la proximité…
Vu l’offre de soins, la question de la proximité à Paris se pose différemment. Elle est importante pour les urgences. Pour le reste, chacun est prêt à passer de l’autre côté de la Seine…
Fermer l’hôpital Trousseau, après avoir fermé l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, n’est-ce pas, de fait, diminuer la qualité de soins pédiatriques ?
On ne ferme pas Trousseau. On fait simplement le constat que l’offre de pédiatrie spécialisée est surdimensionnée. De plus, il y a un gros changement avec le développement des soins ambulatoires. Est-ce que l’on a les moyens, aujourd’hui, de garder un petit hôpital de pédiatrie spécialisé ? Nous ne le croyons pas. L’idée est donc de faire à Trousseau un important centre de néonatalogie, avec un gros service de pédiatrie générale. Et pour toutes les disciplines spécialisées, de les mettre à l’hôpital Robert-Debré où est envisagée la construction d’un autre pavillon.
Quid de l’avenir de l’Hôtel-Dieu ?
Nous avons un très beau projet. Avec un gros service d’urgence, et un grand centre de prise en charge du VIH où seront regroupés les services qui le traitaient à Cochin, à Pompidou. C’est vrai qu’il n’y aura pas d’hospitalisation conventionnelle sur le VIH à l’Hôtel-Dieu. On a besoin d’une vingtaine de lits, eh bien, il faut que les équipes se mettent d’accord pour les implanter à Cochin ou à Pompidou… Quant au reste, on ne fera plus de chirurgie ambulatoire à l’Hôtel-Dieu, les locaux ne s’y prêtant pas. Et grâce à l’aide de fonds privés, on va ouvrir un pôle de santé publique.
Mais tout cela doit-il se faire sans concertation ?
Quand j’entends que l’on a décidé tout à la va-vite, c’est faux. On en discute depuis deux ans. Aujourd’hui, ce qui peut étonner, c’est qu’on décide.
On dit que ce sont toujours les mêmes qui trinquent et jamais le siège avec ses 3 000 salariés ?
Il y aura, là aussi, des restructurations. En 2009, nous avons dû perdre 700 salariés. Le directeur a expliqué que d’ici à 2012, il pourrait y avoir une baisse de 3 000 à 4 000 postes. Tout cela est possible.
Y compris une baisse du nombre de médecins et du personnel soignant ?
Quand un service a peu d’activité, cela ne me choque pas que l’on supprime des postes médicaux. Le problème est de mettre le personnel là où il est le plus utile pour continuer d’être cet ensemble hospitalier unique en Europe.
Le professeur Jean-Yves Fagon occupe le poste clé de directeur de la politique médicale à l’Assistance Publique de Paris. Il explique le plan de restructuration de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Toucher à l’AP, tâche impossible ?
Cela bouge. Depuis deux mois, l’ambiance a changé. On prend des décisions. Mais avait-on le choix ? Il y a 37 sites à l’AP-HP. Les rénover tous ? Impossible. Garder sept universités de médecine ? C’est trop. Tout le monde le sait. Ne rien faire, c’est notre mort avec la démographie médicale : des disciplines vont perdre jusqu’à 30% de leurs effectifs en cinq ans. De plus, les prises en charge ont changé : dans le cas du VIH, par exemple, on n’hospitalise quasiment plus.
Que proposez-vous ?
Une première phase avec la constitution des groupes hospitaliers (GH). Il y en aura 12. On a défini une offre de soins en trois axes : un socle d’activités indispensables dans chaque groupe hospitalier avec tout ce qu’il faut de disciplines et des plateaux techniques.
Il y a ensuite les activités hors du commun : a-t-on besoin, par exemple, de six centres de greffes hépatiques à Paris ? Peut-on les regrouper ? On va en débattre. Et entre ces deux axes, des activités sont à réorganiser.
Exemple, dans le nord de Paris : les hôpitaux Bichat et Beaujon [à Clichy) doivent être rénovés. Cela coûte moins cher de bâtir un seul hôpital, flambant neuf. Enfin, il faut coopérer avec les autres grands hôpitaux d’Ile-de-France.
Cette réforme met à mal la proximité…
Vu l’offre de soins, la question de la proximité à Paris se pose différemment. Elle est importante pour les urgences. Pour le reste, chacun est prêt à passer de l’autre côté de la Seine…
Fermer l’hôpital Trousseau, après avoir fermé l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, n’est-ce pas, de fait, diminuer la qualité de soins pédiatriques ?
On ne ferme pas Trousseau. On fait simplement le constat que l’offre de pédiatrie spécialisée est surdimensionnée. De plus, il y a un gros changement avec le développement des soins ambulatoires. Est-ce que l’on a les moyens, aujourd’hui, de garder un petit hôpital de pédiatrie spécialisé ? Nous ne le croyons pas. L’idée est donc de faire à Trousseau un important centre de néonatalogie, avec un gros service de pédiatrie générale. Et pour toutes les disciplines spécialisées, de les mettre à l’hôpital Robert-Debré où est envisagée la construction d’un autre pavillon.
Quid de l’avenir de l’Hôtel-Dieu ?
Nous avons un très beau projet. Avec un gros service d’urgence, et un grand centre de prise en charge du VIH où seront regroupés les services qui le traitaient à Cochin, à Pompidou. C’est vrai qu’il n’y aura pas d’hospitalisation conventionnelle sur le VIH à l’Hôtel-Dieu. On a besoin d’une vingtaine de lits, eh bien, il faut que les équipes se mettent d’accord pour les implanter à Cochin ou à Pompidou… Quant au reste, on ne fera plus de chirurgie ambulatoire à l’Hôtel-Dieu, les locaux ne s’y prêtant pas. Et grâce à l’aide de fonds privés, on va ouvrir un pôle de santé publique.
Mais tout cela doit-il se faire sans concertation ?
Quand j’entends que l’on a décidé tout à la va-vite, c’est faux. On en discute depuis deux ans. Aujourd’hui, ce qui peut étonner, c’est qu’on décide.
On dit que ce sont toujours les mêmes qui trinquent et jamais le siège avec ses 3 000 salariés ?
Il y aura, là aussi, des restructurations. En 2009, nous avons dû perdre 700 salariés. Le directeur a expliqué que d’ici à 2012, il pourrait y avoir une baisse de 3 000 à 4 000 postes. Tout cela est possible.
Y compris une baisse du nombre de médecins et du personnel soignant ?
Quand un service a peu d’activité, cela ne me choque pas que l’on supprime des postes médicaux. Le problème est de mettre le personnel là où il est le plus utile pour continuer d’être cet ensemble hospitalier unique en Europe.
Les hôpitaux de Paris passés au scalpel
Le personnel soignant de l’Assistance publique est abattu par les restructurations annoncées.Par ERIC FAVEREAU
Ils sont sonnés. «Evidemment, ce serait obscène de se comparer aux ouvriers de Continental, car on est protégés par notre statut. Mais on a le même sentiment d’abattement», explique, presque en larmes, une infirmière.
Menacé de voir fermer tous ses services spécialisés, l’hôpital pédiatrique Trousseau à Paris est à terre, blessé, mais aussi sous haute garde : la direction a interdit aux personnels de parler. Ces derniers hésitent. Puis se moquent des consignes.
«Vous ne vous rendez pas compte, cela fait plus de vingt ans que je suis ici, à monter une équipe de haut niveau. Et on nous dit que c’est fini», raconte une infirmière. Un jeune interne : «Je ne comprends pas. Durant mes études, on m’a dit que le progrès médical, cela existait, qu’il fallait améliorer les prises en charge. Et là, qu’est ce que je vois ? On régresse. Hier, un enfant pleurait de douleur, mais personne ne pouvait y aller.»
Le professeur Noël Garabédian, chef de service et président de la commission médicale de l’hôpital, argumente : «Je veux bien tout entendre mais qu’on nous donne des chiffres, qu’on nous explique.» Puis : «Où est la cohérence ? A Trousseau, on fait plus de 6 000 accouchements. Quand il y a eu la pose de la première pierre de la nouvelle maternité par Philippe Douste-Blazy [en 2005, ndlr], le ministre nous a dit combien c’était important que cette maternité ultramoderne soit adossée à un hôpital de pédiatrie spécialisé. Trois ans plus tard quand ladite maternité a ouvert, le nouveau ministre nous l’a répété. Et là, on nous dit l’inverse. La maternité reste, avec un grand centre de néonatalogie. Quant aux services de pédiatrie spécialisée, ils ferment.»
Et ce jeune chef de service ajoute : «Comment voulez-vous que l’on réagisse ? Cela n’a aucun sens. D’ordinaire, on restructure les hôpitaux qui ne marchent pas bien. Là, ce n’est pas le cas : plus de 23 000 consultations, plus de 2 500 opérations chirurgicales. On nous dit : "Vous irez à l’hôpital Robert-Debré !" Mais ils sont déjà débordés…»
Trousseau, sacrifié sur l’autel de la rigueur ?
Depuis que le conseil exécutif de l’Assistance publique de Paris a validé, il y a dix jours, la première phase du plan stratégique 2010-2014, c’est, en tout cas, la stupeur dans cet établissement. Mais aussi à l’Hôtel-Dieu qui devrait voir tous ses lits de chirurgie et de médecine disparaître.
L’idée de cette restructuration inédite est de regrouper les 37 sites de l’AP en 12 groupes hospitaliers. Récemment, le directeur général a confirmé une suppression de 3 000 à 4 000 postes d’ici à 2012.
Déficits
Mais toucher à l’Assistance publique de Paris, c’est toucher au saint des saints. De tous côtés, on s’agite. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a déjeuné avec de grands médecins parisiens. «On pensait que le président ne ferait que passer, il est resté deux heures avec nous», a raconté un des participants. «Le président m’a dit qu’il s’occupait directement du sujet», a ajouté Jean-Marie Le Guen, député socialiste, et président du conseil d’administration de l’AP-HP.
«La situation est quand même franchement délicate», nous a expliqué Claude Evin, ancien ministre socialiste de la Santé et nommé récemment directeur de la toute nouvelle agence régionale de santé d’Ile-de-France, qui a la tutelle de l’AP-HP.
«En 2009, c’est près de 100 millions de déficit, et en 2012, si on continue à ce rythme, on arrivera à près d’un milliard d’euros de déficits cumulés.»
Pour la première fois de son existence, l’AP vacille. Il est bien fini le temps où le navire amiral de l’hospitalisation française triomphait, conquérant.
«Nous sommes d’accord pour changer», dit le professeur Jean Louis Pourriat, chef du service des urgences de l’Hôtel-Dieu, «mais cela se fait sans la moindre concertation». Il montre une lettre qu’il vient d’adresser au directeur général.
Propos saignants
«Certaines méthodes, au-delà d’être inefficaces ne sont pas tolérables… Pensez-vous un seul instant que la fermeture de fait de l’Hôtel-Dieu permettra de résoudre le déficit de l’AP-HP ? Ne s’agit-il pas d’une véritable diminution de l’offre des soins ?»
Le professeur Noël Garabédian de Trousseau : «Je leur ai dit qu’après avoir fermé l’hôpital pédiatrique Saint-Vincent-de-Paul, fermer maintenant Trousseau, c’était de la folie. Qu’ils prennent bien leurs responsabilités !»
Emploi
Que va-t-il se passer ? Le plan stratégique 2010-2014 ne sera formellement adopté qu’en juin 2010. En attendant, il y a les élections régionales, peut-être des changements au ministère de la Santé.
«On crée un groupe de travail composé de conseillers de tous les groupes politiques pour discuter du plan stratégique pour 2010-2014», explique Jean-Marie Le Guen. «Pour nous, l’important est que le gouvernement lève le préalable de la question de l’emploi. On veut un recul sur ce point-là.»
Mercredi, au cours d’une visite à l’hôpital Necker, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, est restée floue sur le sujet : «Ce ne sont pas des licenciements, ce sont des non-remplacements quand des personnels partent à la retraite.» Ajoutant juste : «La décision interviendra sans doute au milieu de l’année, en juin, en juillet 2010, mais encore rien n’est bouclé.»
De son côté, le professeur Pierre Coriat, qui occupe le poste stratégique de président de la commission médicale de toute l’AP-HP, était auparavant réticent aux réformes. Mais il a voté le projet de plan stratégique et le défend : «J’ai l’impression que les choses bougent dans le bon sens. On va sauver l’efficience médicale de l’AP.»
A Trousseau, on est loin de partager ce sentiment. «Vous vous rendez compte, murmure une aide-soignante, tout cela va prendre des mois, chacun va essayer de se recaser.»
Un pédiatre : «Ce qui est terrible, c’est l’absence de geste de solidarité des deux autres hôpitaux pédiatriques de Paris, Necker et Robert-Debré. Ils ont l’air trop contents que la foudre ne soit pas tombée sur leurs têtes…»
Ils sont sonnés. «Evidemment, ce serait obscène de se comparer aux ouvriers de Continental, car on est protégés par notre statut. Mais on a le même sentiment d’abattement», explique, presque en larmes, une infirmière.
Menacé de voir fermer tous ses services spécialisés, l’hôpital pédiatrique Trousseau à Paris est à terre, blessé, mais aussi sous haute garde : la direction a interdit aux personnels de parler. Ces derniers hésitent. Puis se moquent des consignes.
«Vous ne vous rendez pas compte, cela fait plus de vingt ans que je suis ici, à monter une équipe de haut niveau. Et on nous dit que c’est fini», raconte une infirmière. Un jeune interne : «Je ne comprends pas. Durant mes études, on m’a dit que le progrès médical, cela existait, qu’il fallait améliorer les prises en charge. Et là, qu’est ce que je vois ? On régresse. Hier, un enfant pleurait de douleur, mais personne ne pouvait y aller.»
Le professeur Noël Garabédian, chef de service et président de la commission médicale de l’hôpital, argumente : «Je veux bien tout entendre mais qu’on nous donne des chiffres, qu’on nous explique.» Puis : «Où est la cohérence ? A Trousseau, on fait plus de 6 000 accouchements. Quand il y a eu la pose de la première pierre de la nouvelle maternité par Philippe Douste-Blazy [en 2005, ndlr], le ministre nous a dit combien c’était important que cette maternité ultramoderne soit adossée à un hôpital de pédiatrie spécialisé. Trois ans plus tard quand ladite maternité a ouvert, le nouveau ministre nous l’a répété. Et là, on nous dit l’inverse. La maternité reste, avec un grand centre de néonatalogie. Quant aux services de pédiatrie spécialisée, ils ferment.»
Et ce jeune chef de service ajoute : «Comment voulez-vous que l’on réagisse ? Cela n’a aucun sens. D’ordinaire, on restructure les hôpitaux qui ne marchent pas bien. Là, ce n’est pas le cas : plus de 23 000 consultations, plus de 2 500 opérations chirurgicales. On nous dit : "Vous irez à l’hôpital Robert-Debré !" Mais ils sont déjà débordés…»
Trousseau, sacrifié sur l’autel de la rigueur ?
Depuis que le conseil exécutif de l’Assistance publique de Paris a validé, il y a dix jours, la première phase du plan stratégique 2010-2014, c’est, en tout cas, la stupeur dans cet établissement. Mais aussi à l’Hôtel-Dieu qui devrait voir tous ses lits de chirurgie et de médecine disparaître.
L’idée de cette restructuration inédite est de regrouper les 37 sites de l’AP en 12 groupes hospitaliers. Récemment, le directeur général a confirmé une suppression de 3 000 à 4 000 postes d’ici à 2012.
Déficits
Mais toucher à l’Assistance publique de Paris, c’est toucher au saint des saints. De tous côtés, on s’agite. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a déjeuné avec de grands médecins parisiens. «On pensait que le président ne ferait que passer, il est resté deux heures avec nous», a raconté un des participants. «Le président m’a dit qu’il s’occupait directement du sujet», a ajouté Jean-Marie Le Guen, député socialiste, et président du conseil d’administration de l’AP-HP.
«La situation est quand même franchement délicate», nous a expliqué Claude Evin, ancien ministre socialiste de la Santé et nommé récemment directeur de la toute nouvelle agence régionale de santé d’Ile-de-France, qui a la tutelle de l’AP-HP.
«En 2009, c’est près de 100 millions de déficit, et en 2012, si on continue à ce rythme, on arrivera à près d’un milliard d’euros de déficits cumulés.»
Pour la première fois de son existence, l’AP vacille. Il est bien fini le temps où le navire amiral de l’hospitalisation française triomphait, conquérant.
«Nous sommes d’accord pour changer», dit le professeur Jean Louis Pourriat, chef du service des urgences de l’Hôtel-Dieu, «mais cela se fait sans la moindre concertation». Il montre une lettre qu’il vient d’adresser au directeur général.
Propos saignants
«Certaines méthodes, au-delà d’être inefficaces ne sont pas tolérables… Pensez-vous un seul instant que la fermeture de fait de l’Hôtel-Dieu permettra de résoudre le déficit de l’AP-HP ? Ne s’agit-il pas d’une véritable diminution de l’offre des soins ?»
Le professeur Noël Garabédian de Trousseau : «Je leur ai dit qu’après avoir fermé l’hôpital pédiatrique Saint-Vincent-de-Paul, fermer maintenant Trousseau, c’était de la folie. Qu’ils prennent bien leurs responsabilités !»
Emploi
Que va-t-il se passer ? Le plan stratégique 2010-2014 ne sera formellement adopté qu’en juin 2010. En attendant, il y a les élections régionales, peut-être des changements au ministère de la Santé.
«On crée un groupe de travail composé de conseillers de tous les groupes politiques pour discuter du plan stratégique pour 2010-2014», explique Jean-Marie Le Guen. «Pour nous, l’important est que le gouvernement lève le préalable de la question de l’emploi. On veut un recul sur ce point-là.»
Mercredi, au cours d’une visite à l’hôpital Necker, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, est restée floue sur le sujet : «Ce ne sont pas des licenciements, ce sont des non-remplacements quand des personnels partent à la retraite.» Ajoutant juste : «La décision interviendra sans doute au milieu de l’année, en juin, en juillet 2010, mais encore rien n’est bouclé.»
De son côté, le professeur Pierre Coriat, qui occupe le poste stratégique de président de la commission médicale de toute l’AP-HP, était auparavant réticent aux réformes. Mais il a voté le projet de plan stratégique et le défend : «J’ai l’impression que les choses bougent dans le bon sens. On va sauver l’efficience médicale de l’AP.»
A Trousseau, on est loin de partager ce sentiment. «Vous vous rendez compte, murmure une aide-soignante, tout cela va prendre des mois, chacun va essayer de se recaser.»
Un pédiatre : «Ce qui est terrible, c’est l’absence de geste de solidarité des deux autres hôpitaux pédiatriques de Paris, Necker et Robert-Debré. Ils ont l’air trop contents que la foudre ne soit pas tombée sur leurs têtes…»
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