mardi 12 janvier 2010

Mission sur la médecine libérale

AFP 12/01/2010

Nicolas Sarkozy a annoncé ce midi avoir demandé au président du Conseil national de l'ordre des médecins un "état des lieux" de la médecine libérale et de lui faire des propositions fin mars pour la "refonder", lors de ses voeux au monde de la santé à Perpignan.

"La médecine libérale doit être refondée à l'heure même où les demandes qui lui sont adressées n'ont jamais été aussi nombreuses", a déclaré M. Sarkozy, "c'est un enjeu immense".

"Je souhaite confier une mission d'état des lieux et de propositions à une personnalité reconnue, le docteur Michel Legman, président du conseil national de l'ordre des médecins. Il faut inventer un nouveau modèle de soins de premier recours qui fasse toute sa place à la médecine libérale, un modèle attractif", a jugé le chef de l'Etat.

Parmi les "orientations" suggérées au Dr Legman, qui devra rendre ses propositions "fin mars", Nicolas Sarkozy a notamment estimé qu'il fallait "simplifier la vie du praticien", "favoriser l'effort de formation des médecins", autoriser "la possibilité d'exercer dans des maisons de santé, des centres de soins ambulatoires" et "faciliter la mobilité des médecins".

Il a aussi insisté sur "la coopération avec les autres professionnels de santé".

"Les pharmaciens d'officine, les infirmières libérales sont une composante de l'offre de soins de premier recours. Les médecins généralistes ont intérêt à partager le premier recours avec ces autres professions", a estimé M. Sarkozy.

Les Français face à un système de soins devenu illisible

LE MONDE | 12.01.10

Combien rembourse l'assurance-maladie pour tel acte médical ou tel type de consultation ? A quoi correspond ce forfait de 1 euro qui apparaît sur les relevés de remboursements ? Quels frais sont pris en charge par les mutuelles ?...

Confrontés à un système de soins devenu quasi incompréhensible au fil des années, les particuliers se disent souvent désarmés, notamment quand il s'agit de savoir à quoi correspondent les tarifs de santé.

Avec la création, au 1er janvier 2010, d'une nouvelle vignette de remboursement de médicaments, qui sera orange cette fois, et la hausse annoncée des cotisations des mutuelles de 5 %, la tâche ne devrait pas leur être simplifiée en 2010.

Comprendre les tarifs de santé est désormais aussi complexe que comprendre sa facture de téléphone", observe Christian Saout, le président du Collectif interassociatif sur la santé (CISS), qui représente les patients.

M. Saout regrette que, contrairement aux télécommunications, il n'existe pas dans le secteur de la santé d'agence de régulation. Pourtant, le système a évolué au point de paraître illisible, notamment en ce qui concerne les tarifs de la médecine de ville (hors hôpital et affections longue durée).

La diversification des tarifs remonte aux années 1980. Est alors créé, en sus du secteur 1 (médecins conventionnés par la Sécurité sociale, dont la consultation est au tarif de base), le secteur 2, qui a permis à certains médecins de pratiquer les honoraires libres. Une décision qui a débouché, vingt ans plus tard, sur la généralisation des dépassements d'honoraires, désormais considérés comme l'un des points noirs du système.

Mais c'est surtout dans les années 2000 que le système de soins s'est singulièrement complexifié.

Prises dans l'optique de responsabiliser des Français gros consommateurs de soins et de réduire le "trou" de la Sécurité sociale, les mesures créées par les pouvoirs publics ont été nombreuses, et souvent compliquées.

Comme la franchise médicale de 0,50 euro par boîte de médicaments, entrée en vigueur en 2008 et plafonnée à 50 euros par an, ou, sur le même principe, le forfait de 1 euro par consultation adopté en 2005, qui ne concerne cependant pas les dentistes ou les kinésithérapeutes.

Moins connu, un système complexe de majoration des consultations médicales en fonction des situations (urgence, week-end, consultation d'enfant) a été instauré afin de mieux adapter les revenus des médecins à leur pratique.

Ainsi, un supplément de 5 euros pour les moins de 2 ans, ou de 3 euros pour les 2 à 6 ans a été instauré chez les généralistes.

Plus marquante a été la création du parcours de soins, en 2004 qui aboutit, en cas de non-respect par le patient du passage devant le médecin traitant, à un remboursement moindre de 40 % des tarifs de consultation contre 70 % habituellement.

Autant de modifications qui se concrétisent par des lignes et des sigles supplémentaires sur les relevés de remboursement de l'assurance-maladie.

Ainsi la franchise sur les médicaments est déduite d'autres remboursements, notamment les consultations, puisque les boîtes sont souvent délivrées sans que l'assuré ait à verser quelque chose en pharmacie.

Pour rajouter à la complexité, les complémentaires de santé ne prennent pas forcément tous les déremboursements à leur charge. Ce sera ainsi le cas pour les médicaments qui vont entrer, au printemps, dans la nouvelle catégorie des remboursements "à 15 %".

Leur vignette orange s'ajoutera aux bleues et blanches des boîtes déjà remboursées à 35 %, 65 % et 100 %. Devraient y être inscrits des produits bénéficiant jusque-là du taux de 35 %, dont le service médical rendu a été jugé faible ou insuffisant. Une mesure prévue dans le budget 2010 de la Sécurité sociale.

La Mutualité française a déjà estimé que s'ils étaient jugés inefficaces, il ne fallait pas les rembourser. Ce qui ne veut pas dire que toutes les mutuelles qu'elle fédère suivront cette recommandation...

Cet exemple est la preuve que les offres des complémentaires de santé sont aussi devenues un casse-tête pour les particuliers. En témoignent les nombreux sites de comparaison apparus sur Internet.

"Les mutuelles apportent le complément des remboursements de l'assurance-maladie. Dans un système qui s'est complexifié au point de devenir d'une opacité totale, leur intervention ne peut être d'une lisibilité parfaite", justifie Jean-Pierre Davant, le président de la Mutualité française.

Alors que ce dernier a annoncé que les cotisations devraient augmenter en moyenne de 5 % en 2010 du fait de la hausse des dépenses de santé, les Français pourraient être nombreux à être tentés de changer de complémentaire. "Le turnover est important pour les assurés en contrats individuels, et les augmentations de prix sont de plus en plus un vecteur de changement", explique Mathias Matallah, président de Jalma, un cabinet de conseil spécialisé dans la santé.

Selon lui, à bien y regarder, même si les expressions utilisées diffèrent, les offres des complémentaires ne sont pas si éloignées. Les vraies différences se limitent à trois postes : les soins dentaires et l'optique, dont l'assurance-maladie s'est largement désengagée, ainsi que les dépassements d'honoraires des médecins.

Mais encore faut-il comprendre dépliants et devis... Pour permettre aux usagers de choisir en connaissance de cause, le CISS réclame la mise en place d'un contrat de base, à 40 euros pour tous les opérateurs, qui permettrait de comparer ce que les uns et les autres proposent pour ce prix.

Aujourd'hui, tous les observateurs du système de santé s'accordent à dire que sa complexité accrue pose problème. Les complémentaires de santé, poussées par les pouvoirs publics, viennent d'engager une réflexion, dont pourrait émerger, d'ici la fin 2010, un glossaire commun ou des montants de remboursements libellés en euros, et non en pourcentage des tarifs de la Sécu que nul ne connaît.

L'assurance-maladie aussi réfléchit à comment améliorer la lisibilité.

Déjà, sur son site www.ameli.fr, il est possible de se renseigner, entre autres, sur les tarifs de chaque médecin.

Depuis 2009, en outre, les professionnels doivent fournir un devis pour tout acte, avec dépassement d'honoraires, supérieur à 70 euros. Mais tous ne s'exécutent pas encore.

Laetitia Clavreul

500 plaintes pour maltraitance ordinaire à l'hôpital en 2009

L'Express | 12 janvier 2010

Le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, s'inquiète du nombre de réclamations révélant la banalisation de la violence en milieu hospitalier, près de 500 en 2009.

Un an après l'ouverture d'une ligne téléphonique dédiée aux questions de santé, le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye constate que les Français sont nombreux à dénoncer des situations de maltraitance ordinaire dans les établissements de santé. L'instance jouant les intermédiaires entre les citoyens et les services publics comptabilise, dans son bilan 2009, près de 500 requêtes portent spécifiquement sur la violence à l'hôpital. Et ce grief est aussi présent, de façon secondaire, dans près de 2000 autres doléances.

Le numéro du pôle santé et sécurité des soins du médiateur: 0810 455 455. Les situations varient du reproche adressé à la mère d'un jeune homme handicapé – "votre fils coûte déjà bien assez cher à la Sécurité sociale, et ceci depuis sa naissance" - aux brimades infligées à un adolescent atteint de violentes diarrhées – "nous ne sommes pas là pour ramasser ta m... ". Le médiateur recense à la fois des attentes interminables pour les familles demandant à accéder à leurs proches, des douleurs non soulagées, des toilettes imposées, des gifles, du matériel inadapté, l'absence de consentement du patient.

Une violence insidieuse et difficile à dénoncer

Cette violence banale, quotidienne, est beaucoup moins visible que des actes délictuels passibles du tribunal. Du coup, elle se montre insidieuse et souvent difficile à dénoncer. Pourtant, ses ressorts sont bien identifiés. Le personnel invoque souvent la fatigue, la multiplication des contraintes, l'organisation trop rigide. Mais il y a plus grave. "La violence naît d'un manque de respect réciproque entre patients et soignants, estime Jean-Paul Delevoye. Un climat de soupçon s'est installé dans la société en général et à l'hôpital en particulier.

Cette méfiance constitue une source de conflit, qui induit des comportements agressifs des usagers et des comportements défensifs chez les professionnels." Parmi les réclamations reçues par le médiateur, d'ailleurs, près de 60 émanent d'infirmières ou d'autres membres du personnel menacés ou insultés, notamment dans les services d'urgences.

Le concept de "bientraitance", pourtant, commence à s'imposer dans les hôpitaux. La Fédération hospitalière de France, fer de lance du secteur public, a édité en 2007 un guide opérationnel sur ce thème, destiné à ses adhérents. La Haute autorité de santé (HAS) propose, dans son manuel 2010 de certification des établissements de soins, "une mobilisation de l'encadrement [...] autour de la notion de bientraitance." S'agissant de personnes aussi vulnérables que des patients, la vigilance s'impose.

Cancer : Sarkozy dévoile son plan

Martine Perez | Le Figaro | 02/11/2009

Lundi, à Marseille, le président devrait annoncer des mesures pour améliorer la prise en charge des malades, le dépistage, la prévention et la recherche.

Chaque année, dans notre pays, près de 350 000 personnes découvrent qu'elles sont atteintes d'un cancer. Un diagnostic traumatisant, même si d'énormes progrès ont été faits au cours des dernières décennies, transformant cette maladie au pronostic autrefois souvent fatal, en une affection que l'on peut guérir ou contrôler désormais dans plus de la moitié des cas. Jacques Chirac avait compris l'importance de mettre en place un plan de bataille structuré contre ce mal, en lançant un plan cancer 2003-2007 (plan cancer 1) qui comprenait soixante-dix mesures. Elles ont permis des avancées notables, même si le rapport de la Cour des comptes de juin 2008 pointait plusieurs insuffisances, notamment en matière d'évaluation.




Nicolas Sarkozy, comme son prédécesseur, a mesuré l'étendue de la problématique et décidé de lancer à son tour un nouveau plan cancer pour la période 2009-2013, dont les détails seront annoncés aujourd'hui. Celui-ci s'appuie notamment sur le rapport réalisé par le Pr Jean-Pierre Grünfeld intitulé «Recommandations pour le plan cancer 2009-2013. Pour un nouvel élan», qui lui a été remis en février 2009.

Ce rapport fait le tour du problème, en tenant compte de tout ce qui a été réalisé entre 2003 et 2007. Il appréhende tous les aspects de la maladie : recherche, dépistage, traitement, prévention, social… Il fait de très nombreuses propositions, dont un certain nombre vont être reprises par le président.

Un aspect sera sans doute retenu par le président de la République parce qu'il se pose quotidiennement aux malades qui ont été guéris : comment vivre après le cancer. Car, paradoxalement, la fin des traitements, qui est une bonne nouvelle pour les malades, débouche sur une étape souvent très difficile à surmonter : la reprise de la vie quotidienne. Alors que le plan cancer 1 a permis la mise en place d'une consultation d'annonce du diagnostic mais aussi du traitement, le rapport du plan cancer 2 propose de créer un dispositif de sortie afin d'assurer une coordination entre la ville et l'hôpital, entre le champ sanitaire et médico-social et le champ professionnel. Il s'agit également d'établir une feuille de route personnalisée de la vie après le cancer, d'éditer dans chaque département un guide contenant les adresses des professionnels que les malades peuvent avoir à solliciter après la sortie, de reconnaître que le médecin traitant est le maître d'œuvre de l'accompagnement médical après le cancer.


Médecin traitant au cœur du dispositif




Le rapport du Pr Grünfeld fait également une série de propositions pour améliorer et recadrer la recherche. Le plan cancer 1 avait été l'occasion de fédérer les énergies qui jusqu'alors s'épuisaient chacune dans son coin, avec notamment la création des cancéropôles. Le rapport propose de développer la recherche de manière transversale et pluridisciplinaire, dans des domaines aussi variés que l'identification des facteurs génétiques prédisposant à certains cancers spécifiques, des nouveaux risques, notamment environnementaux… Il recommande de développer des recherches thérapeutiques en rapprochant les acteurs industriels et académiques, en travaillant sur le transfert des travaux de recherche vers les malades, en développant des réseaux dédiés aux essais cliniques, en coordonnant la recherche au niveau européen…

En termes d'organisation, il propose d'articuler sur le plan juridique l'Institut thématique cancer de l'Inserm et l'Institut national du cancer (Inca), de faciliter la vie des chercheurs en développant un guichet unique de programmation pour les appels à projet.

Bien sûr, le rapport revoit aussi certaines propositions du plan cancer précédent à la lumière de l'évolution des connaissances et des pratiques. Ainsi, il propose de remettre le médecin traitant au cœur du dispositif du dépistage qui était organisé jusqu'à présent par différents acteurs au niveau des régions, mais en excluant souvent le généraliste, notamment pour le cancer du sein. Le rapport insiste beaucoup aussi sur la lutte contre les inégalités de dépistage et les disparités d'un département à l'autre. Le rapport recommande entre autres et enfin, dans les domaines de la prévention et du dépistage, de privilégier les actions de proximité et d'éducation pour la santé et de les cibler vers les populations les plus vulnérables.

Un climat de plus en plus dégradé dans les hôpitaux

Le Figaro | 12 janvier 2010 | Delphine Chayet

Manque de tact des soignants ou agressivité des malades : le médiateur est saisi de nombreuses plaintes.

La «violence ordinaire» monte en puissance dans les hôpitaux français, selon le médiateur de la République. Ce «climat de méfiance et d'agressivité» est mis en lumière par le premier bilan du pôle santé, dont Le Figaro a pris connaissance.

Quelque 4 800 requêtes liées aux droits des malades et à la sécurité des soins ont été reçues depuis le 1er février 2009. «Dans une plainte sur deux, on rencontre des situations de maltraitance au sens large du terme , observe Loïc Ricour, responsable du pôle santé. Nous avons été très surpris par l'ampleur du phénomène, qui concerne aussi les centres de rééducation.»

Les témoignages relatent une violence insidieuse, apparemment anodine et qui ne donne pas lieu à des procédures judiciaires. C'est une vieille dame oubliée pendant des heures, sans couverture, sur un brancard des urgences. Un patient dont la douleur a été minimisée, voire moquée. Ce sont des propos infantilisants, un bruit constant, y compris la nuit, un soin intime réalisé porte ouverte… «On retrouve aussi très souvent le sentiment de ne pas avoir été informé sur sa maladie, de ne pas avoir été écouté, ni compris», indique Loïc Ricour.

Le bilan cite ainsi le cas d'une mère qui, bouleversée par les douleurs de son fils, n'aura de cesse d'alerter l'équipe médicale, sans jamais être prise en compte.

La «maltraitance ordinaire» est particulièrement ressentie dans les services d'urgences, où «l'attente et le manque d'information décuplent l'angoisse», selon Nicolas Brun, chargé de mission à l'Union nationale des associations familiales. On la retrouve aussi en réanimation, des unités très techniques, qui appliquent des procédures rigoureuses. «Les familles ont souvent l'impression d'être tenues à l'écart, alors que leur proche vit des situations de douleur et d'angoisse extrêmes», remarque Marie-Christine Pouchelle, directrice de recherche au CNRS.

Pour Jean-Paul Delevoye, le médiateur, «ce sentiment d'incompréhension génère des tensions, qui s'expriment de plus en plus par des violences à l'encontre des professionnels de santé». Le pôle a ainsi reçu 60 témoignages de médecins ou d'infirmiers victimes de violences. Les injures, insultes, crachats ou coups à l'encontre des personnels médicaux sont en augmentation régulière depuis quatre ans, selon l'Observatoire national des violences en milieu hospitalier. Le commissaire divisionnaire Fabienne Guerrieri constate que «l'hôpital n'est plus un lieu de respect : on s'y comporte comme dans la vie, en laissant éclater sa colère à la moindre frustration».


«Apprendre à devenir empathique»

La Haute Autorité de santé (HAS), qui s'apprête à rendre un rapport sur le sujet, vient d'introduire la «bientraitance» comme critère de certification des hôpitaux et cliniques. «Des progrès ont été réalisés ces dernières années dans la prise en compte des droits des patients, mais il reste une nouvelle étape à franchir», concède Raymond Le Moign, directeur à la HAS, pour qui l'accent doit être mis sur la sensibilisation et la formation. «Ce n'est pas parce que vous êtes médecin que vous êtes naturellement sensible et empathique, mais on peut apprendre à le devenir», constate Nicolas Brun. Le manque de moyens humains et les conflits de pouvoirs au sein des services sont aussi évoqués pour expliquer ce phénomène longtemps ignoré. Les spécialistes pointent le rôle du chef de service dans l'impulsion d'une dynamique positive : «S'il est attentif au respect de la dignité et de l'intimité, en général son équipe le sera aussi.»

Selon le médiateur, un dialogue rompu peut avoir des conséquences graves. Le traumatisme se révèle parfois difficilement surmontable et le doute peut alors s'insinuer sur la qualité de la prise en charge médicale.

vendredi 8 janvier 2010

Pathographie

Pathographie: Un site web sur les Actualités et avancées scientifiques en paléopathologie.

http://pathographie.blogspot.com/

Ce site Web est animé par Philippe Charlier, pathologiste et médecin légiste au CHU Raymond Poincaré de Garches.

mercredi 6 janvier 2010

Hôpital : les petits services sont plus risqués

Le Figaro - 05/01/2010 - Par Olivier Auguste

Une étude prouve le lien entre volume et qualité des soins, argument avancé pour regrouper les établissements.

À chaque fermeture de bloc opératoire ou de maternité, l'accusation fuse de la part des usagers, des syndicats, des médecins ou des élus locaux : pour les pouvoirs publics, seule la logique budgétaire compte. La loi Bachelot, qui doit encourager les petits établissements voisins à se regrouper, a fait l'objet des mêmes critiques.

Le gouvernement, sans nier vouloir rationaliser les moyens - mais en se gardant de chiffrer des objectifs d'hôpitaux à fermer ou d'économies à réaliser -, avance un autre argument : un acte effectué trop rarement pose des problèmes de qualité, voire de sécurité des soins. Une étude, publiée mardi par l'Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes), donne du poids à ce discours.

Maintes fois validée à l'étranger, l'hypothèse d'un lien entre volume d'activité et qualité des soins n'avait jamais été étudiée à l'échelle nationale en France, note l'Irdes.

S'appuyant sur les données exhaustives des établissements hospitaliers publics et privés en 2006, l'Institut - association financée essentiellement par l'Assurance-maladie - s'est penché sur huit cas et a observé la probabilité d'une nouvelle hospitalisation, non prévue, dans le mois suivant la sortie de l'hôpital. Il a aussi examiné le risque de décès dans ce même délai.

«Des opérations courantes»

Conclusion : «La probabilité de réadmission à 30 jours est plus élevée dans les établissements à faible volume d'activité pour six prises en charge : chirurgie du cancer du côlon, pontage aorto-coronarien, opération de résection pancréatique, infarctus aigu du myocarde, accident vasculaire cérébral et prothèse totale de la hanche. » Même chose, dans la plupart des cas, pour la probabilité de décès (voir infographie).

Cette corrélation n'est toutefois pas établie pour l'appendicectomie et ni pour la pose de stent, «qui sont des opérations courantes ». Plus étonnant, le lien volume d'activité/mortalité n'apparaît pas significatif pour les pontages. Mais peu d'hôpitaux réalisent cette intervention lourde.

Les observations de l'Irdes ne permettent pas de répondre à la question de l'œuf et de la poule : «Si un volume d'activité élevé peut conduire à l'amélioration du processus de soins et des résultats (effets d'apprentissage), de meilleurs résultats de soins dans un établissement peuvent également induire une augmentation du volume d'activité par un effet de renommée et d'orientation des patients (effet d'adressage). » Après tout, peu importe pour le patient !

L'Irdes précise que les autres caractéristiques des établissements (taille, statut public ou privé, CHU ou non…) ne semblent pas jouer sur la qualité des soins. Il nuance, enfin, les conséquences à tirer de sa démonstration : «Une forte concentration de l'activité dans de grandes structures hospitalières a des coûts, des répercussions en termes d'accès aux soins et peut engendrer des effets pervers liés aux situations de monopole. »

Rapport IRDES